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jeudi 28 septembre 2023

François-Juste-Marie Raynouard. Introduction

François-Juste-Marie Raynouard.

Choix des poésies originales des troubadours.

Par M. Raynouard,
membre de l' Institut Royal de France (Acad. Française, et Acad. des inscriptions et belles-lettres), officier de la légion d' honneur.

Contenant
Les Preuves historiques de l' ancienneté de la Langue romane; - Des Recherches sur l' origine et la formation de cette langue; les Éléments de sa grammaire, avant l' an 1000; - La Grammaire de la langue des Troubadours.

A Paris,
De l' imprimerie de Firmin Didot,
imprimeur du Roi, et de l' Institut, Rue Jacob, N° 24.
1816.

François-Juste-Marie Raynouard. Choix des poésies originales des troubadours.


Introduction contenant les preuves historiques de l' ancienneté de la langue romane.

Les poésies originales des Troubadours, écrites en langue romane, seraient publiées presque sans utilité, si une grammaire détaillée n' expliquait en même temps les principes et le mécanisme de cet idiôme.

Rassembler les traditions historiques et les preuves matérielles qui attestent l' existence de la langue romane à des époques très reculées, remonter à son origine et à sa formation, offrir les éléments de sa

grammaire avant l' an 1000, et donner enfin les règles complettes de cette langue perfectionnée et fixée dans les ouvrages des Troubadours, tels sont les travaux préliminaires qui rempliront ce premier volume de la collection intitulée: Choix des poésies originales des Troubadours.
Sans doute ce titre ne paraîtra point déplacé à la tête même du premier volume, puisque les différents passages cités dans les exemples de la grammaire offriront déja plus de deux mille vers de ces anciens poëtes.

L' existence de la langue romane paraît dater du commencement de la monarchie française (1).

Dès ce temps reculé, les auteurs distinguent la langue romane, et la langue francique ou théotisque.

Jacques Meyer, dans ses annales de Flandres, parle en ces termes du choix qu'on fit de saint Mommolin pour évêque de Tournay.

"L' an 665, mourut saint Éloi, évêque de Tournai…

Mommolin fut choisi pour lui succéder, parce que c' était un homme d' une très sainte vie, qui savait la langue romane aussi-bien que la théotisque.” (2)

Les monuments qui appartiennent à l' histoire de France, nous montrent à l' époque du règne de Charlemagne quelques vestiges de l' idiôme roman.

(1) On a souvent répété la citation suivante, faite par Ducange dans la préface de son Glossaire, n° XIII.

"Romani etiam qui in Galliis habitabant, ita ut nec reliquiæ ibi inveniuntur, exterminati sunt. Videtur mihi indè Francos, qui in Galliis morantur, a Romanis linguam eorum, quâ usque hodie utuntur, accommodasse. Nam alii, qui circà Rhenum ac in Germaniâ remanserunt, Teutonicâ linguâ utuntur.

Quæ autem lingua eis antè naturalis fuerit ignoratur."

Luitprand. lib. 4. cap. 21.

Mais ce passage ne se trouve point dans les œuvres de Luitprand.

(2)."665. Obiit D. Eligius Tornacensis episcopus… Suffectus est episcopus

in locum ejus Momolenus, propterea quod vir esset sanctissimæ vitæ, qui romanam non minus quam Teutonicam calleret linguam."

Meyer. Annal. Flandr. p. 6.

En deux endroits des litanies Carolines, qu'on chantait alors dans les églises, le répons du peuple était en cet idiôme.

Quand le clergé chantait: Sancta Maria, etc.,

le peuple répondait à chaque fois: Ora pro nos. (lat. Ora pro nobis)

Quand le clergé priait pour le pape, pour Charlemagne, ou pour quelque prince de sa famille, etc., le peuple répondait à chaque fois: Tu lo juva (1:
Sancta Maria, ora pro nos.

Sancte Cherubin, ora pro nos.

Sancte Seraphin, ora pro nos.

Sancte Petre, ora pro nos.

Adriano summo pontifice, etc. vita:

Redemptor mundi, tu lo juva.

Sancte Petre, tu lo juva.

Karolo excellentissimo et a Deo coronato, etc. vita et victoria:

Salvator mundi, tu lo juva.

Sancte Joannis, tu lo juva.

Pipino et Karolo nobilissimis filiis ejus, vita, etc. tu lo juva.

Pipino rege Langobardorum, vita, etc. tu lo juva.

Chlodovio rege Aquitanorum, vita, etc. tu lo juva.

Omnibus judicibus et cuncto exercitui Francorum, vita et victoria:

Sancte Remegii, tu lo juva.

Marillon, Analecta vetera, p. 170.)

De ces six mots, que présentent les deux répons, LO appartient incontestablement à la langue romane, comme troisième personne du pronom personnel masculin au singulier; et NOS comme première personne indéclinable du même pronom au pluriel.

Les deux verbes ora et juva, ainsi que le pronom personnel tu, sont restés dans cette langue sans modification.

Le mot tu est très remarquable: jamais la langue latine ne l' a employé dans des litanies; c' est donc une tournure particulière.

Dans le serment de 842, cet ancien monument si souvent cité et réimprimé, on voit pro employé dans le même sens primitif de pour, comme une préposition alors en usage dans la langue romane.

Même avant le siècle de Charlemagne, on rencontre, dans les historiens étrangers, quelques indices qui peuvent s' appliquer à cet idiôme.

Vers la fin du VIe siècle, Commentiolus, général de l' empereur Maurice, faisait la guerre contre Chagan, roi des Huns. L' armée de Commentiolus étant en marche pendant la nuit, tout-à-coup un mulet renversa sa charge. Le soldat à qui appartenait ce bagage était déja très éloigné; ses compagnons le rappellèrent à cris réitérés: torna, torna, fratre, retorna.

Entendant cet avis de retourner, les troupes de Commentiolus crurent être surprises par l' ennemi, et s' enfuirent en répétant tumultuairement les mêmes cris. Le bruit en parvint jusqu' à l' armée de Chagan, et elle en prit une telle épouvante, qu' aussitôt elle s' abandonna à la fuite la plus précipitée. Ainsi ces deux armées fuyaient en même temps, sans que l' une ni l' autre fut poursuivie. Les historiens qui ont transmis le souvenir de cet événement, et qui ont conservé en lettres grecques les paroles que prononçaient les soldats de Commentiolus, assurent que ces mots, torna, torna, fratre, retorna, étaient de la langue de leur pays (1: Τῇ πατρώᾳ φωνῇ· Τόρνα, τόρνα φράτρε.
Theophan. Chronographia, fol. 218.
Éπιχωρίῳ τε γλώττῃ… ἄλλος ἄλλῳ, ῥετόρνα.

Theophylact. Hist. lib. 2, c. 15. - Histor. miscel. lib. 17.

Si ces légers vestiges de l' idiôme roman, trouvés dans des lieux et dans des temps si éloignés, nous offrent quelque intérêt, combien cet intérêt augmentera-t-il, quand nous pourrons croire que ces guerriers étaient Francs, ou Goths habitant les provinces méridionales de la France?
Je présenterai à ce sujet deux conjectures.

La première, c' est que Théophylacte, Hist. lib. 6, cap. 3, parle d' un traité conclu entre les Francs et l' empereur Maurice, pour faire la guerre contre Chagan: "Bessus et Bertus, dit-il, envoyés des Celtibériens, aujourd'hui appelés Francs, sont dans la ville. Théodoric, prince de cette nation, traitait avec l' empereur d' un tribut pour s' unir aux Romains, à l' effet de faire la guerre contre Chagan…” Quoique ce traité soit postérieur d' environ quinze ans, il est sans doute permis d' admettre qu' il existait, entre l' empereur et les Francs, des relations qui avaient précédemment amené des guerriers Francs dans l' armée de l' empereur d' Orient contre Chagan.

La seconde, c' est que ces guerriers pouvaient être des Goths, qui habitaient alors le nord de l' Espagne et le midi de la France.

Le même général Commentiolus, qui commandait l' armée de Maurice contre Chagan, avait fait la guerre aux Goths d' Espagne; il avait repris sur eux Carthagène, et il y avait résidé quelque temps, ainsi que l' atteste l' inscription suivante trouvée à Carthagène, et rapportée dans l' España Sacra, t. V, p. 75.

Quisquis ardua turrium miraris culmina

Vestibulumq. urbis duplici porta firmatum (vestibulumque)

Dextra levaq. binos positos arcos (levaque)

Quibus superum ponitur camera curba convexaq. (convexaque)

Comitiolus sic hæc fieri jussit patricius

Missus a Mauricio aug. contra hoste barbaro

Magnus virtute magister mil. Spaniæ

Sic semper Spania tali rectore lætetur

Dum poli rotantur dumq. sol circuit orbem. (dumque)

Ann. VIII, aug. ind. VIII. (Anno VIII aug., indictione VIII.)

Il est donc très vraisemblable que des Goths, vers cette époque, aient servi dans les armées commandées par Commentiolus, lorsqu' il

faisait la guerre à Chagan.)

Les mots de ces fragments sont conformes aux règles de la syntaxe romane, et ils s' accordent avec le style du serment de 842, où l' on trouve fradre employé comme fratre dans Théophane, et returnar à l' infinitif, comme retorna à l' impératif dans Théophylacte, quoique ce verbe n' existât point dans la langue latine.

Notre historien Aimoin rapporte (1) un fait bien plus difficile à expliquer.

"Justinien, dit-il, devient empereur. Aussitôt il rassemble une armée contre les barbares; il part, leur livre bataille, les met en fuite, et il a le plaisir de faire leur roi prisonnier; l' ayant fait asseoir à côté de lui sur un trône, il lui commande de restituer les provinces enlevées à l' empire; le roi répond: Je ne les donnerai point: NON, INQUIT, DABO; à quoi Justinien réplique: Tu les donnerasDARAS.”

(1: Ce mot daras est entièrement roman. Voy. page 71.).

Je n' attache point à ces diverses circonstances, ni aux conjectures qu'on peut en tirer, plus d' importance qu' elles n' en méritent, mais peut-être n' ai-je pas dû les omettre.

Un monument qui appartient plus directement à l' histoire de la langue romane, c' est l' ordonnance qu' Alboacem, fils de Mahomet Alhamar, fils de Tarif, publia en 734.

Ce prince régnait à Coimbre; son ordonnance permit aux chrétiens l' exercice de leur culte, à certaines conditions, et fut sur-tout favorable aux moines Bénédictins de Lorban; elle fut rédigée en latin, mais il s' y trouve quelques mots qui prouvent l' existence actuelle de la langue romane (2 – N. E. Voire le final de la introduction), tels que E, et, conjonction; esparte, répand; pectenpeiten, payent; peche, paye; cent, cent; apres, auprès; acolhenza, accueil.

On ne sera donc pas surpris de ce qu' un auteur, qui écrivait vers 950, Luitprand, racontant des faits historiques relatifs à l' an 728, atteste qu' alors la langue romane existait dans une partie de l' Espagne.

Ses expressions sont très remarquables:

“DCCXXVIII. En ce temps furent en Espagne dix langues, comme sous Auguste et sous Tibère.
1° L' ancienne langue Espagnole; 2° la langue Cantabre; 3° la langue Grecque; 4° la langue Latine; 5° la langue Arabe; 6° la langue Chaldaïque; 7° la langue Hébraïque; 8° la langue Celtibérienne; 9° la langue Valencienne; 10° la langue Catalane”.
(1: "DCCXXVIII. Eo tempore fuerunt in Hispaniâ decem linguæ, ut sub Augusto et Tiberio. I Vêtus Hispana; II Cantabrica; III Græca; IV Latina; V Arabica; VI Kaldæa; VII Hebrea; VIII Celtiberica; IX Valentina; X Cathalaunica; de quibus in III lib. Strabo, ubi docet plures fuisse litterarum formas et linguas in Hispanis."

Luitprandi Ticin. Episc. Chronicon, p. 372, éd. de 1640, fol.)

Ces deux dernières étaient la langue romane même; on aura, dans le cours de cet ouvrage, l' occasion de s' en convaincre
(2: Voici à ce sujet quelques autorités:

Dans son histoire de Valence, Gaspard Escolano s' exprime ainsi:

"La tercera… Lengua maestra de las de España, es la Lemosina, y mas general que todas… Por ser la que se hablava en Proenza, y toda la Guiayna, y la Francia Gotica, y la que agora se habla en el principado de CatalunaReyno de Valencia, islas de MallorcaMinorca, etc."

Gasp. Escolano. Hist. de Valencia, part. I, lib. I, cap. 14, num. 1.

Nicolas Antonio dit de même:

"Ut enim veteres Provincialis linguæ seu Valentinæ poetas."

Nic. Antonio. Bibl. Hisp. vet. præf. t. I, num. 26.

"Elucubravit ipse Jacobus I, Aragoniæ rex, vernacula gentis, hoc est

provinciali ut vocant linguâ, quæ tam in Cataloniæ, quam in Valentiæ, nec non in Montis-Pesulaniunde Maria fuit regis mater, ditionibus in usu fuit, rerum tempore suo gestarum historiam."

Nic. Antonio. Bibl. Hisp. vet. t. II, fol. 49, num. 144.)

Dans quelques titres qui concernent l' histoire d' Italie, on trouve pareillement, aux VIIIe et IXe siècles, des mots qui indiquent l' existence de la langue romane, tels que:

corre, il court (1); avent, ayant (2); ora, à-présent (3), etc.

A ces preuves matérielles, qui ne laissent aucun doute sur l' existence de la langue romane en Italie pendant les VIIIe et IXe siècles, je joindrai un témoignage bien précis, celui de Gonzon, savant Italien, qui écrivait, vers l' an 960: "C' est à tort que le moine de Saint-Gal a cru que j' ignorais la science de la grammaire, quoique je sois quelquefois arrêté par l' usage de notre langue vulgaire, qui approche du latin (4)."
(1) An 730. Murat. diss. 33.

(2) An 816. Murat. diss. 33.

(3) An 730. Cod. diplom. toscano, t. I, p. 366.

(4) "Falso putavit S. Galli monachus me remotum a scientiâ grammaticæ artis, licet aliquando retarder usu nostræ vulgaris linguæ quæ latinitati vicina est." Martène, Vet. Script. ampl. Collect. t. I, col. 298.

L' usage de cette langue vulgaire ne pouvait être un obstacle, qu' autant qu' elle était parlée journellement.

L' épitaphe du pape Grégoire V, décédé à la fin du même siècle, atteste qu' il parlait bien la langue vulgaire:
"Bruno, de la race royale des Francs, usant de l' idiôme francique, de l' idiôme vulgaire, et de l' idiôme latin, enseigna les peuples en ces trois langages.” (1:
Ante tamen Bruno, Francorum regia proles...
Usus francisca, vulgari, et voce latina,

Instituit populos eloquio triplici.

Fontanini, della Eloquenza italiana, p. 15.

Francisca signifie francique, théotisque.)

Quant à la France, des preuves positives attestent l' usage général de la langue romane au VIIIe siècle.

Il existe deux vies de saint Adhalard, abbé de Corbie, né vers l' an 750.

L' une et l' autre font mention de cet idiôme.

Un disciple d' Adhalard, Paschase Ratbert, qui a écrit la première vie, a dit: "Parlait-il la langue vulgaire? ses paroles coulaient avec douceur; parlait-il la langue barbare, appelée théotisque? il brillait par l' éloquence de la charité”. (2: "Quem si vulgò audisses, dulcifluus emanabat; si vero idem barbarâ, quam teutiscam dicunt, linguâ loqueretur, præeminebat caritatis eloquio." Bolland. Acta Sanct. Januar. t. I, p. 109.)

Gérard de Corbie, qui a écrit la seconde vie, raconte les mêmes circonstances en termes plus exprès:

"S' il parlait en langue vulgaire, c' est-à-dire, romane, on eût dit qu' il ne savait que celle-là; s' il parlait en langue theutonique, il brillait encore

plus”. (3: "Qui si vulgari, id est, romanâ linguâ, loqueretur, omnium aliarum putaretur inscius; nec mirum, erat denique in omnibus liberaliter educatus; si verò theutonicâ, enitebat perfectius." Bolland. Acta Sanct. Januar. t. I, p. 116.)

En 714, un jeune sourd-muet de naissance avait été guéri miraculeusement au tombeau de saint Germain de Paris. D' après l' historien contemporain, ce jeune garçon répéta facilement les mots qu' il entendit prononcer; et non-seulement il apprit en peu de temps à parler parfaitement la langue rustique, mais il fut bientôt en état d' étudier les lettres (1: "Unde factum est ut, tam auditu quam locutione, in brevi non solum ipsam rusticam linguam perfectè loqueretur, sed etiam litteras, in ipsâ ecclesiâ clericus effectus, discere cœpit."
Ducange Gloss. præf. n. XIII.).

Ici se place un fait très important, qui sert à prouver que la langue romane était la langue vulgaire de tous les peuples qui obéissaient à Charlemagne dans le midi de l' Europe; et l' on sait que sa domination s' étendait sur tout le midi de la France, sur une partie de l' Espagne, et sur l' Italie presque entière.

Sous son règne, un espagnol malade, pour s' être imprudemment baigné dans l' Ebre, visitait les églises de France, d' Italie, et d' Allemagne, implorant sa guérison. Il arriva jusqu' à Fulde dans la Hesse (N. E. Fulda, Hessen), au tombeau de sainte Liobe.
(2: "Alter erat de Hispaniâ qui, peccatis exigentibus, pœnæ tali addictus est, ut horribiliter quateretur tremore omnium membrorum. Cujus passionis incommodum, sicut ipse retulit, in Ibero flumine contraxit; in quâ deformitate oculos civium suorum non sustinens, ubicumque ei ire visum est, per diversa sancta locorum vagabatur. Peragrata itaque omni Gallia atque Italia, Germaniam ingressus est… Fuldam venit… Cryptam occidentalem, super quam corpus S. Bonifacii martyris quiescit, ingressus est, ac prostratus in oratione…. Quod cernens vir venerandus Firmadus presbyter et monachus… Interea subito surrexit homo et non tremebat, quia sanatus erat. Interrogatus ergo a presbytero (quoniam linguæ ejus, eo quòd esset italus, notitiam habebat), retulit se per excessum mentis, etc."

Vita S. Liobae. - Mabillon, act. SS. Bened. secul. III, pars II, p. 258.

Mabillon observe que cette vie a été écrite par Rodulfe avant que les reliques de sainte Liobe eussent été transportées par Raban Maur au mont Saint-Pierre.

Rodulfe, prêtre et moine du couvent de Fulde, très savant dans toutes les sciences, historien et poëte, mourut le VIII des ides de mars 865, selon l' histoire de Pierre le bibliothécaire, ou 866, selon Duchesne, Hist. Franc. Script.).

Le malade obtint sa guérison; un prêtre l' interrogea, et l' Espagnol lui répondit.

Comment purent-ils s' entendre?

C' est, dit l' historien contemporain, que le prêtre, à cause qu' il était italien, connaissait la langue de l' Espagnol: "Quoniam linguae ejus, eo quod esset italus, notitiam habebat."

L' histoire nous fournit plusieurs faits qui permettent d' assurer que, sous le règne de Charlemagne, l' idiôme roman avait prévalu comme idiôme vulgaire sur la langue latine, et même que cette langue n' était plus comprise par le plus grand nombre des Français.

En 787, ce prince fut dans la nécessité d' appeler de Rome quelques grammairiens, pour rétablir en France l' enseignement de la langue latine (1: "Carolus iterum a Roma artis grammaticæ et computatoriæ magistros secum adduxit in Franciam, et ubique studium litterarum expandere jussit. Ante ipsum enim domnum regem Carolum, in Galliâ nullum studium fuerat liberalium artium." Vit. Karol. Magn. Per Monach. Egolism.)

Un fait bien décisif, c' est qu' Eginhard, historien de Charlemagne, s' excuse, en quelque sorte, d' écrire sa vie en latin:
(2: "En tibi librum præclarissimi et maximi viri memoriam continentem, in quo præter illius facta, non est quod admireris, nisi forte quod homo barbarus, et romana locutione perparum exercitatus, aliquid me decenter aut commodè latinè scribere posse putaverim." Eginh. Vit. Carol.)

"Voici, dit-il, l' ouvrage que je consacre à la mémoire de ce très grand et très illustre prince; vous serez surpris que moi, homme barbare, et peu

exercé dans la langue romaine, j' aie espéré écrire en latin avec quelque politesse et quelque facilité."

Si Eginhard, secrétaire et chancelier de Charlemagne, manifeste des craintes sur son style latin, s' il se nomme barbare, c' est que la langue latine n' étant point parlée vulgairement à la cour, il n' avait pas la

certitude que son style fut exempt de fautes; en effet, l' idiôme francique était la langue vulgaire à Aix-la-Chapelle (N. E. Aachen, Aquisgrán), et dans le nord de l' empire, tandis qu' à Paris, et dans le midi de l' empire, la langue vulgaire c' était l' idiôme roman.

Enfin, si la langue latine, qui restait toujours celle de la religion et du gouvernement, n' avait cessé d' être la langue du peuple, l' historien de Louis-le-Débonnaire aurait-il cru faire de ce prince un véritable éloge, en disant qu' il parlait la langue latine, aussi bien que sa langue naturelle? (1: "Latinam vero sicut naturalem æqualiter loqui poterat."

Theganus, de Gestis Ludov. pii.)

Au commencement du IXe siècle, divers conciles furent assemblés en différents lieux de l' empire de Charlemagne, pour rétablir la discipline ecclésiastique; ceux de Tours et de Rheims, tenus en 813, décidèrent que l' instruction religieuse devait être mise à la portée du peuple.

Quoiqu'on ait cité souvent l' article XVII des actes du concile de Tours, je crois indispensable de le traduire ici en entier:

"Il a paru à notre Unité que chaque évêque devait avoir des homélies contenant les admonitions nécessaires à l' instruction des fidèles, c' est-à-dire, sur la foi catholique, selon qu' ils en pourront comprendre, sur l' éternelle récompense des bons, et l' éternelle damnation des méchants, sur la résurrection future, et le jugement dernier, enfin sur la nature des œuvres par lesquelles on peut mériter la vie éternelle ou en être exclu. Que chaque évêque traduise publiquement ces homélies en langue rustique romane ou théotisque, de manière que tous puissent comprendre ces prédications."
(1: "Visum est unitati nostræ ut quisque episcopus habeat homilias continentes necessarias admonitiones quibus subjecti erudiantur; id est de fide catholicâ, pro ut capere possint, de perpetuâ retributione bonorum, et æternâ damnatione malorum, de resurrectione quoque futurâ, et ultimo judicio, et quibus operibus possit promereri vita beata quibusve excludi; et ut easdem homilias quisque apertè transferre studeat in rusticam romanam linguam aut theotiscam, quo faciliùs cuncti possint intelligere quæ dicuntur." Labbe. Concil. t. VII, col. 1263.

D' après Borel et Pasquier, on a souvent répété que les actes du concile d' Arles de 751 contiennent un passage semblable; mais c' est une erreur.)

L' article XV des actes du concile de Rheims porte:

"Les évêques doivent prêcher les sermons et les homélies, selon la langue propre aux auditeurs, afin que tous puissent les comprendre
(2: "Ut episcopi sermones et homilias sanctorum patrum, prout omnes

intelligere possint, secundum proprietatem linguæ, prædicare studeant." Labbe Concil. t. VII, col. 1256.)

Charlemagne publia, la même année 813, un capitulaire dont l' article XV prononce:

"Les prêtres doivent prêcher de manière que le simple peuple, vulgaris populus, puisse comprendre, intelligere possit.” (3: De officio prædicatorum: "Ut juxta, quod bene vulgaris populus intelligere possit, assiduè fiat." Capit. Reg. Franc. An 813.)

Selon les conciles et les capitulaires, l' instruction religieuse se faisant en langue vulgaire, le peuple devint bientôt entièrement étranger à la langue latine; aussi lui en défendit-on l' usage dans les actes religieux

qui exigent une profession de foi. L' art. LV des capitulaires recueillis par Hérard, archevêque de Tours, et publiés dans un synode tenu en 858, porte:."Que nulles personnes ne seront admises à tenir un enfant sur les fonts baptismaux, si elles ne savent et ne comprennent, dans leur langue, l' oraison dominicale et le symbole. Il faut, dit cet article, connaître l' obligation qu'on aura contractée envers Dieu.”
(1: "Ut nemo a sacro fonte aliquem suscipiat, nisi orationem dominicam et symbolum juxta linguam suam et intellectum teneat; et omnes intelligant pactum quod cum deo fecerunt." Capitul. t. I, col. 1289.).

Il est hors de doute que, pour toute la partie méridionale de l' empire de Charlemagne, cette langue dans laquelle le peuple devait recevoir l' instruction religieuse, n' était autre que l' idiôme roman, dont Nithard nous a conservé un fragment précieux, en transcrivant les serments prononcés à Strasbourg l' an 842, par Louis-le-Germanique, et par les Français soumis à Charles-le-Chauve.

Nithard nous a transmis en latin le discours que les deux princes prononcèrent, l' un en langue romane, l' autre en langue théotisque.

Le concile de Mayence, (Mainz, Maguntia) tenu en 847, porte à l' art. II

les dispositions semblables à l' art. XVII du concile de Tours de 813, et se sert des mêmes expressions (2: Seulement un mot a été omis, sans doute par l' inadvertance du copiste. Labbe. Concil. t. VIII, col. 42.).

L' idiôme roman du serment de 842 paraît encore très grossier; il ne présente pas l' emploi de l' article.

Mais il est très vraisemblable que, dans le midi de la France, le langage était déja épuré. Le poëme d' Abbon sur le siège de Paris par les Normands, en 885 et 886, félicite l' Aquitaine, c' est-à-dire, les pays de l' autre côté de la Loire, sur la pureté et la finesse de la langue qu'on y parle.

Calliditate venis acieque, Aquitania, linguæ.

Abbo poem. lib. II, v. 471.

Le traité de Coblentz (Koblenz, Coblenza), fait en 860 entre Louis-le-Germanique et Charles-le-Chauve, fut également publié en langue théotisque ou francique, et en langue romane.

Les Capitulaires en offrent la traduction latine.

A la fin du traité on lit:
(1: "Hæc eadem domnus Karolus romana linguâ adnunciavit et eâ maximâ parte linguâ Theodiscâ recapitulavit.

Post hæc, domnus (Hludouuicus) Hludouvicus ad domnum Karolum fratrem suum linguâ romana dixit:

“Nunc si vobis placet, vestrum verbum habere volo de illis hominibus qui

ad meam fidem venerunt."

Et domnus Karolus, excelsâ voce, linguâ romana dixit:

"Illis hominibus qui, etc."

Et domnus Hlotarius linguâ theodiscâ eis suprà adnunciatis capitulis se

convenire dixit, et se observaturum illa promisit.

Et tunc domnus Karolus iterum linguâ romana de pace convenit, et ut cum dei gratiâ sani et salvi irent, et ut eos sanos reviderent oravit, et adnuntiationibus finem imposuit." Cap. Reg. Franc. t. II, col. 144.)

"Charles proclama ce traité en langue romane, et en récapitula la plus grande partie en langue théotisque.

Après quoi Louis dit à son frère Charles en langue romane: Maintenant, si cela vous plaît, je voudrais avoir votre parole au sujet de ceux qui

avaient pris les armes pour moi.

Et Charles, d' une voix beaucoup plus élevée, proclama en langue romane l' amnistie demandée.

Et Lothaire donna en langue théotisque son adhésion au traité, et Charles proclama encore la paix en langue romane."

Ces monuments du IXe siècle peuvent-ils permettre de former le moindre doute sur le fait incontestable que la langue romane était alors dans la France la langue vulgaire du peuple et de l' armée?

Le texte même de Nithard le déclare expressément, lorsqu' il dit au sujet des serments de 842:

"Or le serment que chaque peuple de l' un et l' autre roi jura en sa propre langue, est ainsi en langue romane.”
(1: "Sacramentum autem quod utrorumque populus quique propriâ linguâ testatus est, romana linguâ sic se habet.")

A ces preuves historiques, qui ne laissent aucun doute sur l' existence ancienne de la langue romane, on peut ajouter des preuves matérielles:

Soit en recherchant les traces les plus reculées de l' emploi de l' article qui a été l' un des caractères innovateurs de cet idiôme; et le tableau que je présenterai à ce sujet démontrera l' emploi de l' article aux dates de 793, 810, 880, 886, 894, 924, 927, 930, 960, 994 (1: Voyez ci-après ce tableau, p. 43 et 44.);

Soit en reconnaissant les noms propres qui, dans les ouvrages latins écrits à une époque ancienne, sont désignés par une dénomination purement romane; (2: Il est peu de nos chartes anciennes qui n' offrent quelques noms de lieu (N. E. toponimia) en langue vulgaire; une circonstance ajoute encore à la preuve qui résulte de l' évidence des noms appartenant à la langue romane, c' est que l' on trouve aussi un grand nombre de noms qui appartiennent à la langue francique ou théotisque.

Voici quelques exemples pour la langue romane:

Charte de 713. "Locum de Osne."

Titre de 790. "Raymundus Raphinel…. Locum qui apellatur Lumbe…

Super rivum Save…. Fiscum qui Piscarias dicitur…. Monasterio quod Cesarion dicitur." Gallia Christiana, Instr. Eccl. Lombariensis.

Titre de 806. "Villare quem dicunt Stagnole…. Villare quem vocant Agre…. In villa Ulmes." Hist. de Languedoc. Pr. t. I, col. 33.

Titre de 819. “Parrochiam de Archavel… Orgollel… Encap… De Tost…

Palerols… De Noves… Banieres… Arches… Cortalb… Meranges… Balcebre… Macianers… Figols… Merles… Baien… Asnet. Etc. etc."

Append. March. Hisp.)

Soit enfin en cherchant dans les écrits de la basse latinité, les traces de la réaction de la langue vulgaire sur la langue latine.
(3: An 782. "A tunc nos missi…. A tunc ipsi missi et judices…" Hist. de Languedoc. Pr. t. I, col. 25.
An 852. "Ad tunc nos…. Ad tunc ipse Ramnus asserens dixit…. Unde

Ramnus ad tunc hora præceptum imperiale et judicium ad relegendum ostendit… Ad tunc nos supradicti interrogavimus…. Ad tunc ipse Odilo se recognobit…."

Hist. de Languedoc. Pr. t. I, col. 99.

An 833. "Ad contra responderunt." Muratori, diss. 70.)


Je crois avoir prouvé d' une manière incontestable, et par les faits historiques et par les preuves matérielles, l' existence et l' ancienneté de la langue romane.

Les monuments qu' offrent différents siècles et divers pays, démontrent avec la même évidence que l' idiôme primitif s' est conservé et perfectionné dans les écrits des troubadours, et dans le langage des peuples qui habitèrent le midi de la France.

Ce fait très certain avait été reconnu et attesté par de nombreux écrivains:

Fauchet, dans son Recueil de l' origine de la Langue et Poésie Françoise, Ryme et Romans, liv. I, ch. 4, s' exprime en ces termes:

"Or ne peut-on dire que la langue de ces serments, laquelle Nithard appelle romaine, soit vraiment romaine, j' entends latine, mais plutost pareille à celle dont usent à-présent les Provençaux, Cathalans, ou ceux du Languedoc… Il faut donc nécessairement conclure que ceste langue Romaine, entendue par les soldats du roi Charles-le-Chauve, estoit ceste rustique romaine, en laquelle Charles-le-Grand vouloit que les omélies preschées aux églises, fussent translatées, afin d' estre entendues par les simples gens, comme leur langue maternelle, aux prosnes et sermons….".

Il reste à savoir pourquoi ceste langue romaine rustique a été chassée outre Loire…".

Cette dernière séparation de Hue Capet fut cause, et, à mon advis, apporta un plus grand changement; voire, si j' ose le dire, doubla la

langue romande."

Cazeneuve, dans un fragment qu' il a écrit sur cette matière, a dit:

"Ces deux langues teudisque et romaine furent usitées dans les états de nos rois, jusqu' à ce que, par le partage fait entre les enfants de Louis-le-Débonnaire, le pays qui est maintenant sujet à la couronne de France échut à Charles-le-Chauve, et ce que nos rois avoient conquis en Allemagne échut à Louis son frère, avec le titre de roi de Germanie; car dès lors commença la division des deux langues, la romaine demeurant dans les états de Charles-le-Chauve, et la teudisque dans ceux de Louis-le-Germanique.

Cependant cette langue romaine souffrit en peu de temps un notable changement; car, comme les langues suivent d' ordinaire les fortunes des états, et perdent la pureté dans leur décadence, après que l' Allemagne fut éclipsée de la couronne de France, la cour de nos rois, qui se tenoit à Aix-la-Chapelle, (Aachen, Aquisgrán) se tint à Paris, et d' autant que cette ville se trouva assise près de l' extrémité du royaume qui tient à l' Allemagne, et par conséquent éloigné de la Gaule Narbonoise, où étoit l' usage de la langue romaine, il arriva qu' insensiblement, à la cour de nos rois et aux provinces qui en étoient voisines, il se forma une troisième langue qui retint bien le nom de romaine, mais qui se rendit avec le temps tout-à-fait différente de l' ancienne langue romaine, laquelle pourtant demeura en sa pureté dans les provinces qui sont en-deçà de la Loire; et d' autant que les peuples de delà la Loire disoient oui, (ancienne oïl) et ceux de deçà oc, la France fut divisée en pays de langue d' oui ou Françoise, et de langue d' oc ou provençale, dont le nom est demeuré à la province auparavant appelée Septimanie.

Or que cette langue d' oc ou provençale soit la même que l' ancienne langue romaine, il se peut clairement justifier par les serments qui sont dans Nitard… Puis donc qu' il est hors de doute que notre langue d' oc ou provençale est cette même langue romaine, que les anciens François parloient devant la troisième race de nos rois, c' est-à-dire, auparavant le Xe siècle, ne pouvons-nous pas aussi, sans faire les vains, et nous donner une gloire imaginaire, assurer que c' est de notre langue qu' a pris son origine celle que nous appelons maintenant françoise?… Ce lui est toujours de l' honneur d' estre comme le cep d' où s' est provignée cette belle langue françoise…

Mais quand j' aurai fait voir de plus que c' est d' elle que les langues Italienne et Espagnole ont pris leur naissance, j' ose bien assurer… qu'on n' en fera pas moins d' estime qu'on fait d' ordinaire des sources des grands fleuves, quelque petites qu' elles soient."

Huet, dans son ouvrage de l' Origine des Romans, a consacré la même opinion:

"Le langage romain fut appelé la langue provençale, non-seulement parce qu' il reçut moins d' altération dans la Provence que dans les autres cantons de la France, mais encore parce que les Provençaux s' en servoient ordinairement dans leurs compositions, etc. Les troubadours, les chanterres, les conteurs, et les jongleurs de Provence, et enfin tous ceux qui exerçoient ce qu'on y appeloit la science gaie, (N. E. gay saber) commencèrent, dès le temps de Hue Capet, à romaniser tout de bon, débitant leurs romans et leurs fabliaux composés en langage romain: car alors les Provençaux avoient plus d' usage des lettres et de la poésie que tout le reste des François

Le roman estant donc plus universellement entendu, les conteurs de Provence s' en servirent pour écrire leurs contes qui de là furent appelés romans." (chap. eres un romansé)

Je ne dois pas omettre le sentiment de l' abbé Lebœuf, qui était si versé dans cette matière; ses recherches sur les plus anciennes traductions en idiôme français offrent le passage suivant:

"Je me contente d' avancer, comme une chose très vraisemblable, que, dans la plupart des provinces des Gaules, on parloit vulgairement une langue peu différente de celle des Provençaux, des Périgourdins, des Limousins. Je pense que cela dura jusqu' à ce que le commerce de ces provinces avec les peuples du nord et de l' Allemagne, et sur-tout celui des habitants de l' Armorique avec les Anglois, vers le XIe siècle, eussent apporté dans la Romaine rustique, une dureté qui n' y étoit pas auparavant.” (1: Mém. de l' Acad. des Inscr. Et Belles-Lettres, t. XVII, p. 718.)

Les savants auteurs de l' histoire de Languedoc ont plusieurs fois donné à ce sujet des explications aussi curieuses qu' incontestables.

"La langue latine commençoit cependant à se corrompre, et dégénéra enfin de manière qu' elle forma ce qu'on appella dans la suite la langue

romaine, qui est à-peu-près la même qu'on parle aujourd'hui dans les provinces méridionales du royaume, et qui, dès le milieu du IXe siècle, se trouvoit déja toute formée, ainsi que nous le verrons ailleurs... (2: Hist. générale du Languedoc, t. I p. 327.)

Du mélange de cette langue avec celle des barbares, et du commerce de ces derniers avec les Romains ou Gaulois d' origine, qui ne firent ensuite qu' un seul peuple, il se forma enfin une nouvelle langue qu'on appela romaine, et qui est à-peu-près la même qu'on parle encore aujourd'hui dans le pays.” (1: Hist. générale du Languedoc, t. I, p. 379.)

Au sujet du serment de 842, ils disent:

"On peut remarquer dans ces deux actes que la langue qu'on appelle romaine est presque la même que celle que parlent encore aujourd'hui les peuples de Provence, de Languedoc, et de Gascogne, et qu' elle a beaucoup moins de rapport avec la françoise.” (2: Hist. générale du Languedoc, t. I, p. 532.)

Les auteurs de l' Histoire Littéraire de la France s' expriment sur le même sujet en termes non moins affirmatifs:
(3: Hist. Lit. de la France, t. IX, p. 172.)

"Dans la suite on distingua de la poésie françoise, proprement dite, la poésie provençale: celle-ci différoit de l' autre, en ce que le génie de la langue demeura presque pur roman, au lieu que la françoise, quoique pur roman dans son origine, comme l' autre, fut adoucie peu-à-peu, tant par de nouvelles inflexions et terminaisons qu' elle reçut, que par les autres endroits qui la rapprochèrent successivement du génie françois… C' étoit la langue qu' employoient ordinairement les poëtes d' en-deçà la Loire; ceux d' au-delà versifioient au contraire en langue provençale:” (1: "Quant au nom de provençale, qu'on donna à la langue dont on se servoit dans les provinces méridionales de la France, après que les peuples des pays septentrionaux eurent adopté un idiôme différent, il est certain qu' elle ne fut pas ainsi nommée, parce qu' elle fut d' abord particulière aux peuples de la Provence proprement dite, mais à cause qu' elle comprenoit alors, sous le nom de Provençaux, tous les peuples de la partie méridionale de la France. Les divers auteurs qui ont écrit, à la fin du XIe siècle, l' histoire de la première croisade, nous en fournissent les preuves: On nomme provençaux, dit un de ces historiens, les peuples de Bourgogne, d' Auvergne, de Gascogne, de Gothie, et de Provence. Les autres s' appeloient François, mais les ennemis donnoient le nom de Francs aux uns et aux autres. Les Aquitains étoient aussi compris sous le nom de Provençaux."
Hist. gén. du Languedoc, t. II, p. 246.)

J' avais prouvé l' existence et l' ancienneté de la langue romane; je crois que les autorités que je rapporte pour démontrer son identité avec la langue des troubadours ou poetes provençaux, ne laissent aucun doute sur ce point.

Mais quel était le mécanisme, quelles étaient les formes essentielles de cette langue?

C' est ce que j' ai à examiner et à démontrer.

D' abord j' exposerai les détails relatifs à son origine, et j' en expliquerai la formation; ce qui me permettra de présenter les éléments de sa grammaire avant l' an 1000.

Et ensuite je donnerai une grammaire détaillée de la même langue, devenue celle des troubadours; et j' autoriserai toutes les règles, soit générales, soit particulières, par les citations qui seront presque toujours prises dans les écrits de ces illustres poëtes.

_______

(2) Escritura del Rey moro de Coimbra, era 772. (an. 734).

"Alboacem Iben Mahumet Alhamar, Iben Tarif, bellator fortis, vincitor

Hispaniarum, dominator Cantabriæ Gothorum, et magnæ litis Roderici. Quoniam nos constituit Allah, Illalah super gentem Nazarat, E fecit me dominatorem Colimb, et omni terræ inter Goadaluam, et Mondecum, et Goadatha per ubi esparte meum mandum. Ego ordinavi, quod Christiani de meas terras pecten dupliciter quam Mauri, et de ecclesiis per singulas XXV. pesantes de bono argento, et per monasteria peiten L. pesantes et vispesantes pecten cent santes: et Christiani habeant in Colimb suum comitem, et in Goadatha alium comitem de sua gente, qui manteneat eos in bono juzgo, secundum solent homines Christiani, et isti component rixas inter illos, et non matabunt hominem sine jussu de Alcaide; seu Aluacile Sarraceno. Sed ponent illum apres de Alcaide, et mostrabunt suos juzgos, et ille dicebit: bene est; et matabunt culpatum.

In populationibus parvis ponent suos judices, qui regant eos benè, et sine rixas. Si autem contingat homo Christianus quod matet, vel injuriet hominem Maurum, Alvacir seu Alcaide faciat de illo secundum juzgo de Mauris; si Christianus esforciaverit Sarracenam virginem, sit Maurus et recipiat illam, sin matent eum; si fuerit de marito, matent eum; si Christianus fuerit ad Mesquidam vel dixerit male de Allah, vel Mahamet, fiant Maurus, sin matent eum. Bispi de Christianis non maledicant reges Maurorum, sin moriantur. Presbyteri non faciat suas missas, nisi portis cerratis, sin pieten (peiten) X pesantes argenti: monasteria quæ sunt in meo mando habeant sua bona in pace, et pechen prædictos L. pesantes. Monasterium de Montanis, qui dicitur Laurbano, non peche nullo pesante, quoniam bona intentione monstrant mihi loca de suis venatis, e faciunt Sarracenis bona acolhenza, et nunquam invenit falsum, neque malum animum in illis, qui morant ibi, et totas suas hæreditates possideant cum pace, et bona quiete, sine rixa et sine vexatione, neque forcia de Mauris, et veniant, et vadant ad Colimbriam cum libertate per diem, et per noctem, quando meliùs velint aut nolint, emant et vendant sine pecho, tali pacto quòd non vadant foras de nostras terras sine nostro aparazmo, et benè velle; et quia sic volumus, et ut omnes sciant, facio cartam salvo conducto, et do Christianis ut habeant illam pro suo juzgo, et mostrent, cum Mauri requisiverint ab illis. Et si quis de Sarracenis non sibi observaverit nostrum juzgo in quo fecerit damnum, componant pro suo avere, vel pro sua vita, et sit juzgo de illo, sicut de Christiano usque ad sanguinem et vitam. Fuit facta carta de juzgo, æra de Christianis DCC, LXXII, secundum verò annos Arabum CXXXXVII. Luna XIII. Dulhija Alboacem, iben Mahomet Alhamar, iben Tarif rogatu Christianorum firmavi pro more .O. et dederunt pro robore duos æquos optimos, et ego confirmavi totum."

Historias de Idacio, etc. fol. 88 et 89.
(N. E. Apéndice de Carlos Romey, Historia de España etc., traducida por A. Bergnes de las Casas:

Texto Original.

Alboacem Iben Mahumet Alhamar Iben Tarif, bellator fortis, vincitor Hispaniarum, dominator CABALLARIAE Gothorum, et magnæ litis Roderici. Quoniam nos constituit Alla-Illelah super gentem Nazarat, et fecit me dominatorem Colimb, et omni terræ inter Goadaluam, et Mondecum, et Goadatha, per ubi ESPARTE meum mandum. Ego ordinavi, quod christiani de meas terras PECTEN dupliciter quam Mauri, et de ecclesiis per singulas XXV pesantes de bono argento, et per monasteria PEITEN L pesantes et vispesantes PECTEN CENT santes: et christiani habeant in Colimb suum comiten, (comitem) et in Goadatha alium comitem de suâ (suam) gente, qui manteneat eos in bono juzgo, secundum solent homines christiani, et isti component rixas inter illos, et non matabunt hominem sine jussu de alcaide, seu aluacile sarraceno. Sed ponent illum APRES de alcaide, et mostrabunt suos juzgos, et ille dicebit: bene est, et matabunt culpatum. In populationibus parvis ponent suos judices, qui regant eos benè, et sine RIXAS. Si autem contingat homo christianus quod matet, vel injuriet hominem Maurum, aluacir seu alcaide faciat de illo secundum juzgo de Mauris; si christianus esforciaverit sarracenam virginem, sit Maurus et recepiat illam, sin matent eum; si fuerit de marito matent eum; si christianus fuerit ad mesquidam vel dixerit male de Allah, vel Mahamet, fiant Maurus, sin matent eum. Bispi (episcopo: bisbe: vespe: obispo) de christianis non maledicant reges Maurorum, sin moriantur. Presbyteri non faciat suas missas, nisi portis cerratis, sin PIETEN X pesantes argenti: monasteria quæ sunt in meo mando habeant sua bona in pace, et PECHEN prædictos L pesantes. Monasterium de Montanis, qui dicitur Laurbano non PECHE nullo pesante, quoniam bona intentione mostrant mihi loca de suis venatis, E faciunt Sarracenis bona ACOLHENZA, et nunquam invenit falsum, neque malum animum in illis, qui morant ibi, et totas suas hæreditates possideant cum pace, et bona quiete, sine rixe et sine vexatione, neque FORCIA de Mauris, et veniant et vadant ad Colimbriam cum libertate per diem, et per noctem, quando melius velint aut nolint, emant et vendant sine PECHO, tali pacto quod non vadant foras de nostras terras sine nostro aparazmo, et benè velle; et quia sic volumus, et ut omnes sciant, facio kartam salvo conducto, et do christianis ut habeant illam pro suo juzgo, et mostrent cum Mauri requisiverint ab illis. Et si quis de Sarracenis non sibi observaverit nostrum juzgo in quo fecerit damnum, componant pro suo avere, vel pro sua vita, et sit juzgo de illo sicut de christiano usque ad sanguinem et vitam. Fuit facta karta de juzgo æra de christianis DCCLXXII, secundum vero annos Arabum CXXXXVII, Luna XIII, Dulbija. Alboacem iben Mahomet Alhamar iben Tarif rogatu christianorum firmavi pro more .O. (puntos elevados) et dederunt pro robore duos equos optimos, et ego confirmavi totum.
Extracto de la Monarchia Lusitana de Brito, II part., fol., 288 et seq.

Fuero de Alboacem.

“Un autor arábigo, dice un autor moderno, conservó uno de aquellos convenios (entre vencedores y vencidos), y es el que un oficial árabe, llamado Alboacem Ibn Mohamed Alhamar, hizo con la ciudad de Coimbra.”
Pero no lo hay semejante, ni en los historiadores nacionales de la conquista, ni en colección diplomática arábiga. Con efecto, no es autor arábigo el conservador del ordenamiento de Coimbra, pues estuvo antes archivado en la abadía de Lorbao, en Portugal, y se publicó al pronto en la Monarchia Lusitana, Lisboa 1609, en 4.°, part. II, p. 288- 289: después con erratas por Sandoval, Historia de los cinco obispos, Pamplona 1615, p. 88 y siguientes. En fin, Mr. Reynouard la sacó de nuevo a luz, por Sandoval, en sus Selectas de poesías originales de los Trobadores, París 1816, t. I, pág. 11. Es monumento de entidad filológica, aunque no histórica, y que bajo este título merece tener aquí su lugar, si bien todo está manifestando que no es con mucho tan antiguo como la fecha equivocada que trae lo dio a entender a Mr. Reynouard (véase cuanto se dijo sobre este punto).

Traducción del fuero de Alboacem.

"Alboacem Ibn Mohamet Alhamar Ibn Tarif, guerrero poderoso, vencedor de las Españas, arrollador de la caballería goda y de la gran liga de Rodrigo. Habiéndome puesto al frente de la nación nazarat, y habiéndome constituido gobernador de Colimb y de todo el territorio entre Goadalva, Mondeco y Goadatha, que abarca mi mando, he dispuesto lo siguiente:
pagarán los Cristianos de mis tierras tributo doble que los Moros. Pagarán las iglesias veinte y cinco piezas de plata fina por la que fuere más ordinaria, cincuenta por cada monasterio, y ciento por la catedral. Tendrán los Cristianos en Colimb un conde de su nación, y otro en Goadatha, quienes los gobernarán con arreglo a las leyes y costumbres cristianas, y sentenciarán las desavenencias que sobrevinieren entre ellos: mas a ninguno darán muerte sin disposición del alcaide o del alvacir sarraceno, ante el cual traerán al reo, manifestando sus leyes; dirá el alcaide me conformo, y matarán al culpado.
En las poblaciones cortas tendrán los Cristianos sus jueces que los gobiernen debidamente y sin contiendas. Si acaeciere que un Cristiano mate o insulte a un Moro, obrarán el alvacir o el alcaide según las leyes de los Moros. Si algún Cristiano atropellare a una doncella sarracena, tendrá que hacerse moro y desposarse con ella, y si no, se le matará; si es casada, se matará al reo.
Si un Cristiano entra en una mezquita, y si dice mal sea de Alá, o sea de Mahoma, tendrá que hacerse moro, ú debe morir. Los obispos de los Cristianos nunca han de zaherir a los reyes moros, y en tal caso, han de fenecer. Los clérigos no dirán misa sino a puertas cerradas, y de lo contrario, pagarán diez piezas de plata. Los monasterios comprendidos en mi jurisdicción disfrutarán en paz sus haciendas, pagando las cincuenta piezas sobredichas. El monasterio de la serranía, llamado Laurbao, nada pagará, por cuanto los monjes me suelen mostrar gustosos sus cazaderos, acogen a los Sarracenos, y nunca he cogido en fraude ni en maldad a los domiciliados en aquel convento; y así seguirán conservando sus fincas sin padecer tropelía ni violencia de parte de los Moros. Serán árbitros de ir y venir a Colimb de día y de noche según les plazca; y tendrán también el desahogo de vender y comprar sin pecha alguna, con tal que no salgan de nuestro territorio sin nuestra anuencia. Y por cuanto es esta nuestra voluntad, para que todos se enteren, otorgo el presente salvoconducto a los Cristianos para que lo tengan por una de sus leyes, y lo manifiesten cuantas veces lo requieran los Moros; y en caso de haber algún Sarraceno que se desentienda de cumplirlo, se le juzgará hasta costarle sangre y vida como a cualquier Cristiano. Este fuero de justicia se hizo en la era de los Cristianos, el año 772, y según los años de los Árabes, el 13 de la luna de djulhedja de 147. Yo Alboacem iben Mahomet Alhamar iben Tarif, a instancia de los Cristianos, firmo según costumbre (puntos elevados) .O. habiéndome dado en ratificación dos hermosos caballos, y lo confirmo todo.

La diferencia principal entre Brito y Sandoval estriba en que el uno trae al principio dominator caballariæ Gothorum, y el otro dominator Cantabriae Gothorum; pero este último giro está positivamente equivocado, puesto que el mismo Sandoval dice al traducir (p. 89) domador de la caballería de los Godos.
Hemos rayado (mayúsculas), a ejemplo de Mr. Reynouard, las voces del texto original que corresponden directamente a la lengua romana, (romance) como e, y, conjunción; esparte, se extiende; pecten, peiten, paguen; peche, pague; cent, ciento; apres, junto, acolhenza, acogida, etc. Hemos añadido caballería, forcia, esforciaverit. - Se advertirá el modo con que el Wad de los Árabes se expresa en aquel latín bárbaro, modo idéntico con el prohijado por los Castellanos, que trasladan la waw arábiga, como ya se ha visto, con las letras gu, que vienen a sonar como la waw, la cual se suele pronunciar en arábigo como una w doble y gutural o aspirada. Así pues Goadalva es el Alva, Goadatha el Águeda, que desaguan, el primero en el Mondego, y el segundo en el Duero, al nordeste y al norte de Coimbra. En cuanto a la fecha del acta, advertiremos, lo que no parece se haya notado por otros, que el año 147 de la hégira medió entre el 9 de marzo de 764 y el 25 de febrero de 765, y no cuadra por consiguiente, como lo expresa el diploma, con el año de 772, ni de la era de Jesucristo ni de la de España, que corresponde al de Jesucristo de 734. Añádanse tres siglos a esta fecha, y se tendrá tal vez la verdadera del acta, auténtica al parecer en parte, y adulterada y viciada indudablemente en parte; teniendo con efecto poco que extrañar el que un walí árabe haya otorgado en 447 de la hégira (1055) un fuero de resguardo a los moradores de la provincia de Coimbra, en recordando los vaivenes de aquel pueblo, tomado contra los Árabes por Alfonso el Católico, recobrado por Almanzor en 987, yermo luego por siete años, reedificado después por los Ismaelitas, quienes lo habitaron setenta años, hasta que Fernando I, hijo de Sancho el Grande, lo tomó el VIII de las calendas de agosto del año 1064.)

Tome 1:

Recherches

Chapitre 1

Chapitre 2 - Substantifs

Chapitre 3 - Adjectifs

Chapitre 4 - Pronoms

Chapitre 5 - noms de nombres

Chapitre 6 - Verbes

Chapitre 7 - Adverbes, Prépositions, Conjonctions

Chapitre 8 - Idiotismes

Appendice - manuscrits

 

Tome 2

Dissertations troubadours

Des cours d' amour

Monuments de la langue romane

Monuments langue romane depuis 842

Actes titres 960

dimanche 14 janvier 2024

Lexique roman; Capella - Cartillage

Capella, s. f., lat. capella, chapelle.

Ad honor del cors sanct faria una capella.

V. de S. Honorat.

Ferait une chapelle en l'honneur du corps saint.

E fassa y tal capella l'emperayre prezans

On pretz sia servitz, joys e solatz e chans.

P. Bremond Ricas Novas: Pus partit an.

Et que l'empereur méritant y fasse telle chapelle où mérite, gaîté et plaisir et chant soient desservis.

CAT. Capella. ESP. Capilla. PORT. Capela. IT. Capella.

2. Capelan, s. m., chapelain, prêtre, curé.

E ma de Guillem lo Capela. Titre de 1090.

En main de Guillaume le chapelain.

Aquell filh del capella de las ydolas.

V. et Vert., fol. 96.

Ce fils du prêtre des idoles.

Adjectiv. Al parroquial capelan.

Brev. d'amor, fol. 117.

Au curé paroissial.

ANC. FR.

Combien nous tuerons de ces cordeliers ras!

Combien de capelans! combien de prieurs gras!

Chantelouve, Trag. de Coligni.

CAT. Capellá (capellà). ESP. Capellán. PORT. Capellão. IT. Capellano.

3. Capelania, s. f., chapellenie.

Alcuna causa alienada de la dicha capelania.

Tit. de 1281. DOAT, t. CXVIII, fol. 75.

Aucune chose aliénée de ladite chapellenie.

CAT. ESP. (chap. capellanía) PORT. Capellania. IT. Cappellania.

4. Capelayar, v., hanter les prêtres.

Vielha la tenc dona, pus capelaya.

Bertrand de Born: Bel m'es.

Je la tiens vieille dame, puisqu'elle hante les prêtres.

Capon, s. m., lat. caponem, chapon.

Voyez Mayans, t. II, p. 246.

Capo es gal per defauta de testilhs efeminat.

(chap. Capó es gall per falta de collons, testiculs, afeminat.)

Eluc. de las propr., fol. 146.

Chapon est un coq efféminé par défaut de testicules.

E sai ben far de galh capo.

(chap. Y sé ben fé de gall capó : capá: capo, capes, cape, capem o capam, capéu o capáu, capen. Adj. capat; femella capada no pot sé, pero sí una pataca.)

Raymond d'Avignon: Sirvens suy.

Et je sais bien faire de coq chapon.

CAT. Capó. ESP. Capón. PORT. Capão. IT. Cappone (N. E. casi como Alfredo, Al Capone).

2. Caponar, v., chaponner.

… L'avia caponatz.

Matfre Ermengaud, Ép. à sa soeur.

L'avait chaponné.

CAT. ANC. ESP. Caponar. ESP. MOD. PORT. Capar. IT. Capponare.


Car, adj., lat. carus, cher, chéri.

Helias dix a sos compagnhos: Senhors, cars frayres.

Philomena.

Élie dit à ses compagnons: Seigneurs, chers frères.

- De haut prix, difficile, rare.

Que tals es vils que fora cars.

P. Barba: Sirventes.

Que tel est vil qui serait de haut prix.

Et apres una manieira de trobar en caras rimas.

V. d'Arnaud Daniel.

Et il apprit une manière de composer en rimes difficiles.

Adverbial. Cant vos preguet tan car

Que de son oncle la volcsetz amparar.

Rambaud de Vaqueiras: Honrat marques.

Quand elle vous pria si chèrement que vous la voulussiez préserver de son oncle.

Prov. Qui car compra car ven.

Alegret: Bel m'es.

Qui achète cher, vend cher.

Loc. Totas las vuelh honrar e car tener.

Pons de Capdueil: Tant m'a.

Je les veux honorer toutes et tenir cher.

E non es hom, tan mos enemicx sia,

Si 'l n' aug dir ben, que no 'l tenha en car.

Claire d'Anduse: En greu esmai.

Et n'est homme, tant mon ennemi soit-il, que je ne le tienne cher, si je lui en entends dire du bien.

CAT. Car. ESP. (querido) PORT. IT. Caro.


2. Charisme, adj., très cher.

Fraire charisme. Trad. de Bède, fol. 83.

Très chers frères.

CAT. Carissim. ESP. (carísimo, queridísimo) IT. Carissimo.

3. Caramen, adv., chèrement, avec instance.

A vos, cui dezir caramen.

Blacasset: Si m fai amors.

A vous, que je désire chèrement.

Elh la va preguar caramen que elha fos bona dona e fiselh crestiana.

Philomena.

Il va la prier avec instance qu'elle fût bonne dame et fidèle chrétienne.

CAT. Car. ESP. IT. Caramente.

4. Caritat, s. f., lat. caritatem, charité.

Fait sun d'almosna e fe e caritat.

Poëme sur Boèce.

Ils sont faits d'aumône et foi et charité.

Car caritatz e drechura

Lo conduc a salvamen.

P. Cardinal: Jhesum Crist.

Car charité et droiture le conduit à salut.

Vera charitatz es cant hom ama son amic en Deu e son enemic per amor de Deu. Trad. de Bède, fol. 23.

La vraie charité est quand on aime son ami en Dieu et son ennemi par amour de Dieu.

Adv. comp. Un caval de vos que ns avetz donat per caritat.

Tit. de 1196, DOAT, t. CXXXVIII, fol. 139.

Un cheval de vous que vous nous avez donné par charité.

- Une des vertus théologales.

Las tres vertutz thelogicals, que so fes, caritatz, esperansa.

(chap. Les tres virtuts teologals, que son fe, caridat, esperansa.)

Brev. d'amor, fol. 5.

Les trois vertus théologales, qui sont foi, charité, espérance.

- Corporation, confrérie de gens de métier.

Applicadas a la caritat, e que se despendon ad ops de la caritat.

Cartulaire de Montpellier, fol. 187.

Applicables à la charité, et qui se dépensent pour les besoins de la charité.

CAT. Caritat. ESP. Caridad. PORT. Caridade. IT. Carità.

5. Caritadier, s. m., chef de la corporation de la charité.

Que las dichas cauzas sian rendudas als cossols, caritadiers del mestier.

Cartulaire de Montpellier, fol. 187.

Que lesdites choses soient rendues aux consuls, chefs de la corporation de la charité du métier.

6. Caritatiu, Karitatiu, adj., charitable.

Deu esser larc, caritatyu.

L'Arbre de Batalhas, fol. 264.

Doit être généreux, charitable.

E dona e partiss als paures per Dieu los bes que Dieus li ha donatz;

adoncs dis hom que aquels homs es karitatius.

V. et Vert., fol. 57.

Et donne et partage aux pauvres pour Dieu les biens que Dieu lui a donnés; alors on dit que cet homme est charitable.

CAT. Caritatiu. ESP. PORT. IT. Caritativo.

7. Cartat, s. f., cherté, rareté.

E non torn sa cartat vil.

A. Daniel: Lanquan son.

Et sa cherté ne devient vile.

De nuilla ren non es tan grans cardatz

Cum d'omes pros.

Cadenet: De nuilla ren.

De nulle chose n'est si grande rareté comme d'hommes généreux.

8. Carestia, s. f., disette, cherté.

Ac tant de carestia e de sterilitat.

V. de S. Honorat.

Eut tant de disette et de stérilité.

Viltat de mal et de ben carestia.

Aimeri de Peguilain: Cil que s'irais.

Abondance de mal et disette de bien.

Er carestia de fromen.

Calendrier provençal.

Il sera disette de froment.

CAT. ESP. (carestía) PORT. IT. Carestia.

g. Carencia, s. f., carence, manque.

Carencia vol dire defalhement.

Eluc. de las propr., fol. 62.

Carence veut dire manque.

CAT. ESP. PORT. Carencia. IT. Carenzia. (chap. carensia)

10. Carzir, v., renchérir, devenir plus cher.

D'elhas qu'an fach lo tench carzir,

Ab que s fan la cara luzir.

Le Moine de Montaudon: Autra vetz.

D'elles qui ont fait renchérir la teinture, avec laquelle elles se font luire la face.

Mas fezautat fan carzir,

Quar no volon lo ver dir.

B. Martin: A Senhor.

Mais font renchérir la fidélité, parce qu'ils ne veulent dire le vrai.

Part. pas. Qu'en Fransa son carzit sac e correy.

Bertrand de Born: Pus li baron.

Vu qu'en France les sacs et les courroies sont renchéris.

11. Cartenenza, s. f., haut prix, estime.

Dreg ni rasos ni cartenensa.

Roman de Flamenca, fol. 74.

Droit ni raison, ni estime.

12. Carvenda, s. f., haut prix.

Qu'estiers no m platz lur carvenda.

Raimond de Miraval: Tot quan.

Qu'autrement leur haut prix ne me plaît pas.

13. Carvendre, v., surfaire, vendre trop cher.

Quar qui ben fait, non es dreig que carvenda.

Albert de Sisteron: En amor ai.

Car qui fait bien, il n'est pas juste qu'il surfasse.

Trop me vol carvendre

Son pretz et sa beutat.

Albert de Sisteron: Dompna pros.

Elle veut me vendre trop cher son mérite et sa beauté.

14. Encarzir, v., renchérir, enchérir.

Que si us me lays Dieus gazanhar

No us puesc plus encarzir, so m par.

G. Magret: Altretan.

Que si Dieu me laisse vous gagner, je ne vous puis plus renchérir, ce me semble.

Selhas qu'al prim son d'amoros semblan,

E pueys si van tot ades encarzen.

B. Tortis: Per ensenhar.

Celles qui sont d'abord d'amoureux semblant, et puis vont toujours se renchérissant.

Qu'en re non hi fai falhenza

Et a car nom per encarzir.

B. de Ventadour: En aquest.

Qu'il n'y fait faute en rien et a nom cher pour enchérir.


Cara, s. f., grec *kara, figure, visage, face.

Remir vostra gentil, plazen cara.

Un troubadour anonyme: Non puesc.

Je contemple votre gentille, agréable figure.

Qui vol del tot vituperar una persona, li escopis en la cara.

(chap. Qui vol del tot vituperá a una persona, li escupiñe a la cara. Escupiñá: escupiño, escupiñes, escupiñe, escupiñem o escupiñam, escupiñéu o escupiñáu, escupiñen.)

V. et Vert., fol. 98.

Qui veut entièrement avilir une personne, lui crache à la figure.

Javier en la penchura

Ab doas caras.

(chap. Giné a la pintura en dos cares.)

Brev. d'amor, fol. 46.

Janvier en la peinture avec deux visages.

Loc. Mot li fes laia cara.

Roman de la Prise de Jérusalem, fol. 3.

Lui fit très laide figure.

E m mostr' om cara grifaigna.

Palais: Be m plai.

Et on me montre visage hargneux.

Adv. comp. Veziblament cara e cara.

Liv. de Sydrac, fol. 85.

Visiblement face à face. (: vis à vis)

CAT. ESP. PORT. Cara a cara. 

ANC. FR. Je tiens vers lui la chière incline.

Roman de la Rose, v. 3190.

Les yeux et la chière basse, va à la messe en dévotion.

Hist. de Jehan de Saintré, t. III, p. 577.

Lequel duc de Bourgogne, quand il sceut sa venue, alla au-devant de lui et s'entrefeirent gran chière.

Monstrelet, t. II, fol. 191.

CAT. ESP. PORT. Cara.

2. Caragge, s. m., figure, visage.

Dels homes... lor quantitat, caragge e costumas... En caragge ferocitat.

Eluc. de las propr., fol. 170 et 173.

Des hommes... leur quantité, figure et coutumes...

Férocité sur le visage.


Caracta, s. f., lat. character, marque, caractère.

Els francx e los sers que auran caracta en la ma drecha...

Aquel que auran la caracta del nom de la bestia.

Trad. de l'Apocalypse de S. Jean, chap. 13.

Les francs et les serfs qui auront marque à la main droite...

Ceux qui auront la marque du nom de la bête.


Caramida, s. f., calamite, boussole.

Tres barcas per la mar qu'eron plenas de jens

Que venian al perdon am quatre grossas lentz;

Mas ira del mal temps lur a frascat lur vela,

Non val la caramida puescan segre l'estella.

V. de S. Honorat.

Trois barques sur la mer qui étaient pleines de gens 

qui venaient au pardon avec quatre gros navires;

mais le courroux du mauvais temps leur a déchiré leur voile, 

la calamite ne leur sert plus de manière qu'ils puissent suivre l'étoile.

Fig. Vers homs e vers sant esperitz,

Qu'el lur sia ver' estela, caramita

E 'ls guit.

Olivier le Templier: Estat aurai.

Vrai homme et vrai saint esprit, qu'il leur soit véritable étoile, boussole et les guide.

ANC. FR. Comme le fer qui suit la calamite.

Du Bellai, fol. 459.

Tu es le nord où de jour et de nuit

Tourne ma calamite.

N. Rapin, p. 123.

Voyez à la calamite de votre boussole.

Rabelais, liv. IV, ch. 18.

CAT. Caramida. ESP. Calamida. PORT. IT. Calamita.


Caravil, s. m., charivari.

Secundo nubentibus fit charavaritum seu capramaritum nisi se redimant et componant cum abbate juvenum.

Joan. de Garronib., de secund. Nupt., n° 68.

Un statut de Provence, rendu sur la proposition des États, porte:

Ordenat et prohibit que d'ayssi en avant, en lo dich pays, no si fassan neguns caravils. Statuts de Provence, BOMY, p. 214.

Ordonné et prohibé que d'ici en avant, en ledit pays, ne se fassent nuls charivaris.

En espagnol, carava désigne la réunion bruyante des gens de la campagne qui s'amusent le dimanche.


Carays, s. m., querelle.

E tornon en patz lor carays,

Si que lo bes lo mal vensa.

B. de Venzenac: Pus vey lo temps.

Et tournent leurs querelles en paix, de sorte que le bien vainque le mal.


Carbo, s, m., lat. carbo, charbon.

Carbo es foc actualment ab materia terrestra incorporat.

Eluc. de las propr., fol. 132.

Charbon est feu actuellement incorporé avec matière terrestre.

Lo foc fo bo,

Et ieu calfei me voluntiers

Al gros carbo.

Le Comte de Poitiers: En Alvernhe.

Le feu fut bon, et je me chauffai volontiers au gros charbon.

Atressi mezeis li carbo,

De fuoc escompres, fuoc dig so.

Brev. d'amor, fol. 38.

De même les charbons, de feu enflammés, sont appelés feu.

ANC. FR. Au grant fu de carbons s'asist.

Roman du comte de Poitiers, v. 809.

CAT. Carbó. ESP. Carbón. PORT. Carvão. IT. Carbone.

2. Charbonier, s. m., lat. carbonarius, charbonnier.

Trobet a un fuc dos charboniers.

Roman de Gerard de Rossillon, fol. 87.

Il trouva à un feu deux charbonniers.

CAT. Carboner. ESP. Carbonero. PORT. Carvoiero. IT. Carbonajo. (chap. Carboné, carbonera la dona y lo puesto aon se fique lo carbó.)


Carboncle, Carbuncle, s. m., lat. carbunculus, escarboucle.

Lo carboncles ret gran clardat

Tan que resplan en escurtat.

Brev. d'amor, fol. 39.

L' escarboucle rend grande clarté tant qu'elle brille en obscurité.

Carbuncle, quar uscla cum carbo.

Eluc. de las propr., fol. 97.

Escarboucle, car elle flambe comme charbon.

Non pretz honor esconduda

NI carboncle ses luzir.

T. de Blacas et de Rambaud: En Raimbaut.

Je ne prise gloire cachée ni escarboucle sans luire.

ANC. FR. Charboucle, saphir et jaspe.

Bible histor., Roquefort, t. 1, p. 239.

ANC. CAT. Carboncle. ESP. (carbúnculo) PORT. Carbunclo. IT. Carbonchio.


Carcais, s. m., carquois. 

Voyez Denina, t. II, p. 337.

Gambais 

An et arcs e carcais.

Rambaud de Vaqueiras: Truan mala.

Ils ont gambesons et arcs et carquois.

Carcays plen de cayrels.

Tit. de 1302. DOAT, t. XLIX, fol. 311.

Carquois plein de traits.

Fig. Dona, que aitals sia

Qu'un prenda e l'autr' en lays,

No fai ges cortezia;

Soven presta son carcays.

Rambaud de Vaqueiras: D'una dona.

Dame, qui telle soit qu'elle en prenne un et en laisse l'autre, ne fait point courtoisie; souvent elle prête son carquois.

ANC. FR. Il remit sa fleche au carcas.

Œuvres d'Alain Chartier, Borel, p. 36.

ANC. CAT. ESP. Carcax. (carcaj)


Carcer, s. f., lat. carcer, chartre, prison.

Lainz e las carcers o el jaxia pres. (N. E. jaxia o jazia)

Poëme sur Boèce.

Là dedans les prisons où il gisait prisonnier.

Metre en carcer e liar en cadenas.

Sermons en provençal.

Mettre en prison et lier en chaînes.

Fig. E las carcers ont ilh m'a mes

No pot claus obrir, mas merces.

B. de Ventadour: Non es meravelha.

Clef ne peut ouvrir les prisons où elle m'a mis, excepté merci.

ANC. FR. Cil que l'en met en chartre oscure.

Roman de la Rose, v. 2623.

Qu'amour a fait gesner en ses chartres cruelles.

Desportes, premières œuvres, p. 133.

ANC. CAT. Carcer. ESP. Cárcel. PORT. IT. Carcere. (chap. cársel, presó, presoneta de Beseit)

2. Carceral, adj., lat. carceralis, de prison.

Cum jaz Boecis e pena carceral.

Poëme sur Boèce.

Comme gît Boèce en peine de prison.

3. Carcerier, Carcelier, s. m., lat. carcerarius, geolier.

Son carcelier apela; Brustamon es nomnatz...

Lo carcerier apela, e vai li demandar.

Roman de Fierabras, v. 1990 et 2045.

Il appelle son geolier; il est nommé Brustamon...

Il appelle le geolier, et va lui demander.

ANC. FR. Brutamont le chartrier va descendre Olivier... en une prison.

Roman français de Fierabras.

ANC. CAT. Carceller. ESP. Carcelero. IT. Carceriere. (chap. carselé)

- Prisonnier.

Que tray pieg qu'autre carcerier,

Que no mor e languis cuian.

G. de S.-Didier: Dona ieu vos.

Qui souffre pire qu'autre prisonnier, vu qu'il ne meurt pas et languit en rêvant.

4. Encarceration, s. f., lat. incarcerationem, incarcération.

Consentir arrest, incarceration.

Statuts de Provence, Julien, t. II, p. 492.

Consentir arrêt, incarcération.

ESP. Encarcelación. IT. Incarceragione. (chap. Encarselassió)

5. Encarcerar, v., lat. incarcerare, incarcérer.

Anc per paor de la mort

Ni d' encarcerar mantenent...

Un' ora no s volgro cessar.

Brev. d'amor, fol. 178.

Oncques par peur de la mort ni d' incarcérer sur-le-champ... ils ne voulurent cesser un instant.

Part. pas. Un sant home tenes aqui

Encarcerat.

Brev. d'amor, fol. 188.

Tu tiens là un saint homme incarcéré.

Et es ne us encarceratz

Que Barraban es apellatz.

Trad de l'Évangile de Nicodème.

Et il en est un incarcéré qui est appelé Barrabas.

Substantiv. L'obra seyzema, so sapchatz, (seizena : 6a)

Es vezitar encarceratz.

Brev. d'amor, fol. 69.

L'oeuvre sixième, sachez cela, est visiter les incarcérés.

ANC. FR. A esté de ce puniz, et encarcerez au pain et eaue.

Lett. de rém., 1393. Carpentier; t. II, col. 838.

Cinq des glotons de France qui sont enchartré.

Roman français de Fierabras.

ANC. CAT. Encarcerar. CAT. MOD. ESP. Encarcelar. PORT. Encarcerar. 

IT. Incarcerare. (chap. Encarselá: encarselo, encarseles, encarsele, encarselem o encarselam, encarseléu o encarseláu, encarselen; Fotre a la presó.)


Carcol, s. m., collier.

Greu m'es deisendre carcol.

Bertrand de Born: Greu m'es.

Il m'est pénible de déceindre le collier.

2. Carcan, s. m., carcan.

E mieg d'ifern a mes Sathan;

Al col li pauza I carcan.

Trad. de l'Évangile de Nicodème.

A mis Satan au milieu de l'enfer; il lui met un carcan au cou.


Cardairina, s. f., chardonneret.

Papagais, merlos, cardairinas.

Trad. de l'Évangile de l'Enfance.

Perroquets, merles, chardonnerets.

IT. Cardelino. (chap. Papagayos, merles, cardelines; cardelina, cagarnera, carduelis carduelis; ESP. jilguero.)

Cardamomi, s. m., lat. cardamomum, cardamome, malaguette.

Cardamomi es semensa d'un aybre, etc..

De sal et cardamomi, en loc d'autres delicats condimens, es contenta.

Eluc. de las propr., fol. 203 et 176.

Cardamome est semence d'un arbre... Elle est contente de sel et de malaguette, en lieu d'autres assaisonnements délicats.

ESP. PORT. IT. Cardamomo. (chap. No confundí en cardamomies, com Artur Quintana Font.)


Cardenal, Cardinal, adj., lat. cardinalis, cardinal, principal.

Voyez Denina, t. III, p. 195.

Los filozofes ancias parleron mot de las IV virtuts cardinals.... E son appelladas cardinals, car son principals entre totas las virtutz.

V. et Vert., fol. 47.

Les philosophes anciens parlèrent beaucoup des quatre vertus cardinales... Et elles sont appelées cardinales, parce qu'elles sont les principales entre toutes les vertus.

De dos apostols cardinals.

Roman de Flamenca, fol. 49.

De deux apôtres principaux.

Li IV signes cardenal.

Brev. d'amor, fol. 31.

Les quatre signes cardinaux.

Vens so XII: quatre apelam cardinals, so es a dire principals... Auta es vent cardinal. Eluc. de las propr., fol. 134.

Il y a douze vents: nous en appelons quatre cardinaux, c'est-à-dire principaux... L'autan est vent cardinal.

CAT. ESP. PORT. Cardinal. IT. Cardinale.

2. Cardenal, s. m., lat. cardinal, cardinal.

Roma, als cardenals

Vos pot hom be reprendre.

G. Figueiras: Sirventes vuelh.

Rome, on vous peut bien reprendre au sujet des cardinaux.

Per cardenals e per legatz.

Pons de Capdueil: En onor del.

Par cardinaux et par légats.

CAT. ESP. Cardenal. PORT. Cardeal. IT. Cardinale. (chap. Natros tenim un cardenalOmella, que parle chapurriau. Als de esglesia plural los fa poca grassia, y a Ignacio Sorolla Mela menos encara.)

Papa Roma,Francisco, cardenal Omella, Queretes, Cretas

Cardo, s. m., lat. carduus, chardon.

Non gieta sinon ortigas e cardos e espinas.

V. et Vert., fol. 95. (chap. No trau: gite mes que ortigues, carts y punchesespines.)

Ne jette sinon orties, et chardons, et épines.

Naysseran y espinas e cardos.

(chap. Hi naixerán punches y carts.)

Hist. abr. de la Bible, fol. 2.

Épines et chardons y naîtront.

Proverbe. En la vinha del noalos

Creisso espinas e cardos.

Libre de Senequa.

Dans la vigne du paresseux croissent épines et chardons.

Semlan cardo dels parayres.

Eluc. de las propr., fol. 225.

Ressemblant au chardon des apprêteurs de draps.

CAT. ESP. PORT. IT. Cardo. (chap. Cart, carts)

2. Cardaire, s. m., cardeur.

Richard de la Cros, cardaire.

Tit. du XIIIe sièc. Arch. du Roy., J, 4.

Richard de la Croix, cardeur.

CAT. ESP. PORT. Cardador. IT. Cardatore. (chap. Cardadó, cardadora.)

3. Cardar, v., carder, peigner.

La cogola sia en estat pura, ses cardar, e raza. (chap. cogulla)

Trad. de la Rég. de S. Benoît, fol. 27.

Que le capuchon soit en été pur, sans carder, et ras.

Fasso jurar los paradors que escuro et cardo et paro los draps be et lialmen. Tit. de 1351. DOAT, t. CXLVI, fol. 221.

Qu'ils fassent jurer les apprêteurs qu'ils nettoient et cardent et apprêtent les draps bien et loyalement.

Part. pas. Alcun drap estava trop cardat.

(chap. Algún drap estabe mol, massa, cardat; com per ejemple, Ignacio Sorolla Vidal.)

Tit. de 1351. DOAT, t. CXLVI, fol. 221.

Quelque drap était trop cardé.

CAT. ESP. PORT. Cardar. IT. Cardare. (chap. cardá: cardo, cardes, carde, cardem o cardam, cardéu o cardáu, carden.)

4. Cadrissar, v., carder.

Part. pas. Lana cadrissada.

Tit. de 1351. DOAT, t. CXLVI, fol. 220.

Laine cardée.

5. Carminacio, s. f, lat. carminatio, cardage.

Per mantas penchenacios et carminacios de canep et de li.

Eluc. de las propr., fol. 223.

Per maintes peignures et cardages de chanvre et de lin.

6. Carminar, Carmenar, v., lat. carminare, purger, carder.

Fig. Carmina aquellas am pilulas, etc.

Trad. d'Albucasis, fol. 49.

Purge celles-là avec pilules, etc.

Part. pas. De lana carmenada... D'estopa o de lana carmenada.

(chap. De llana cardada... D'estopa o de llana cardada.) 

Trad. d'Albucasis, fol. 33 et 57.

De laine cardée....d'étoupe ou de laine cardée.


Carences, s. m., charançon.

Malas bestiasescorpios, carences.

Liv. de Sydrac, fol. 49.

Méchantes bêtesscorpionscharançons.

Malas bestias, escorpios, carences.


Cargar, v., charger, porter.

An fait cargar totz demanes

V cares trastotz de cendatz.

Roman de Jaufre, fol. 115.

(chap. Han fet carregá a estay sing carros plens de tafetans.)

Ils ont fait charger tout de suite cinq chars tous de taffetas.

Quan si cargo 'l ram de vert fueilh.

Aimeri de Sarlat: Quan si cargo.

Quand les rameaux se chargent de verte feuille.

Part. pas. Saumiers carguatz, d'aur e d'argent. Philomena.

(chap. Someres, besties de cárrega, carregades d'or y d'argén, plata). Bêtes de somme chargées d'or et d'argent.

E 'l ramels cargatz de verdor.

H. de Pena: Lo dons. (dous)

Et le rameau chargé de verdure.

Fig. Reis, mortz iest, si feunia en ta cort fais,

Ni de tal avolesa carjas nulh fais.

Roman de Gerard de Roussillon, fol. 20.

Roi, tu es mort, si tu fais félonie en ta cour, et si tu charges aucun faix de telle méchanceté. (chap. literal: Rey, tú estás mort, si tú fas felonía a ta cort, ni de tal ruindat carregues algún feix.)

En cargon lurs heritiers que ja non o emendaran. V. et Vert., fol. 12.

Ils en chargent leurs héritiers qui jamais ne le répareront.

De trop mala trasdossa,

Roma, vos cargatz.

G. Figueiras: Sirventes.

Rome, vous vous chargez d'une trop méchante endosse.

Part. prés. Arbre domesche o carguant fruit.

Cout. de Condom, de 1313.

Arbre domestique ou portant fruit.

Part. pas. E si s'en part l'esperitz

Cargatz de peccatz mortals.

Folquet de Romans: On mielhs mi.

Et si l'esprit s'en sépare chargé de péchés mortels.

Mas de grans afans es carguatz

Selh que bon pretz vol mantener.

P. Rogiers: Senher.

Mais celui qui veut maintenir bon mérite, est chargé de grands soucis.

- Accuser, inculper.

An encrepat e cargat lo dit conte Ramon.

Chronique des Albigeois, col. 29.

Ont blâmé et accusé ledit comte Raimond.

ANC. CAT. ESP. Cargar. PORT. Carregar. IT. Caricare. (chap. carregá: carrego, carregues, carregue, carreguem o carregam, carreguéu o carregáu, carreguen. Adj. carregat, carregada.)

2. Carc, s. m., charge.

Fig. Per que portara mager carc,

Selh que anc afan no sufferc.

Gavaudan le Vieux: Lo mes e 'l temps.

Parce que celui qui ne souffrit jamais peine, portera plus grande charge.

Supportar los carx de la guerra.

Tit. de 1414. Hist. de Lang., t. IV, pr., col. 421.

Supporter les charges de la guerre.

Pagan los carxs de la dita terra.

(chap. Paguen los carrecs de la dita terra. Cárrec, impost, arbitris, etc.)

Tit. de 1389. DOAT, t. XXXIX, fol. 207.

Paient les charges de ladite terre.

ANC. CAT. Carc.

3. Carga, s. f., charge, poids.

El ressep tota la carga. Liv. de Sydrac, fol. 34.

Il reçut toute la charge.

Ly laissa la garda et la carga de tot lo pays.

(chap. Li dixe la guarda y la cárrega de tot lo país. País: sona, terreno.)

Chronique des Albigeois, col. 65.

Lui laisse le soin et la charge de tout le pays.

Per contribuir en las cargas occurrens.

Statuts de Provence, Julien, t. II, p. 6.

Pour contribuer aux charges survenantes.

ANC. FR. Descarchier des cargues et des deptes.

Tit. de 1320. Carpentier, t. 1, col. 924.

CAT. Carrega (càrrega). ESP. PORT. Carga. IT. Carica. (chap. cárrega, cárregues.)

4. Cargamen, s. m., chargement, poids.

No sian greviatz per cargamen de viandas.

V. et Vert., fol. 105.

Ne soient grevés par poids de viandes.

ESP. Cargamento. (chap. Cargamén, carregamén)

5. Carricament, s. m., chargement.

Sona com carr ab carricament.

(chap. Sone com (un) carro en carregamén (carregat). 

Llechí “lo carro buit” del agüelo Sebeta.)

Eluc. de las propr., fol. 138.

Retentit comme char avec chargement.

CAT. Carregament. IT. Caricamento.

6. Cargada, s. f., charge. (chap. cárrega)

Cargada de roder o de simac o de roia, un denier.

Tit. du XIIIe sièc. DOAT, t. CXVI, fol. 91.

Charge de glaïeul ou de sumac ou de garance, un denier.

7. Carvier, s. m., chargeur.

Que fasson promettre als carviers que non cargon blat o civada, etc.

Cartulaire de Montpellier, fol. 143.

(chap. Que faiguen prometre als carregadós que no carregon blat o sibada, etc.)

Qui fassent promettre aux chargeurs qu'ils ne chargent blé ni avoine,

etc.

8. Cargiu, adj., onéreux, qui est à charge.

Non sui cargius ad alcu.

Trad. de la 2e Ép. de S. Paul aux Corinthiens.

Je ne suis onéreux à personne.

9. Encargar, v., charger.

Part. pas. No seria encargat de cosiensa.

L'Arbre de Batalhas, fol. 112.

(chap. No seríe o siríe: estaríe carregat de consiensia.)

Il ne serait pas chargé en la conscience.

- Devenir enceinte, concevoir.

Qu'ieu er' ensencha, c'avia encargat.

G. Rainols d'Apt: Auzir cugei.

Que j'étais enceinte, vu que j'avais conçu.

ANC. FR. Après lequel mariage... a enchargé et est grosse d'enfant.

Lett. de rém., 1398. Carpentier, t. I, col. 925.

CAT. Encarregar. ESP. Encargar. PORT. Encarregar. IT. Incaricare. 

(chap. Encarregá: encarrego, encarregues, encarregue, encarreguem o encarregam, encarreguéu o encarregáu, encarreguen. A vegades se diu encargá.)

10. Escargar, Escarjar, v., décharger, déployer.

E per gran orguelh qu' escarguet.

Brev. d'amor, fol. 18.

Et par le grand orgueil qu'il déploya.

Narracios de fol escarja en via.

(chap. Narrassió de foll: tonto: saboc descarregue a la vía, al camí. Ejemple, tot lo que diu Carlos Rallo Badet de Calaseit, Pininfarinetes, o los miembros de la Ascuma, assossiassió catalanista del Matarraña.)

Trad. de Bède, fol. 43.

Discours de fou décharge en chemin.

11. Descargar, v., décharger, ôter le poids.

Qu'en breu veirem descarguar rics arneis.

Aicart del Fossat: Entre.

Que bientôt nous verrons décharger riches harnais.

E jamais

No m descargarai del fais.

(chap. Y may mes me descarregaré del feix.)

Bertrand de Born: Cazut sui.

Et jamais je ne me déchargerai du faix.

Qu'aisso lo fara de l' anta descargar.

(chap. Qu' aissó o aixó lo fará del honta descarregá) 

Sordel: Planher vuelh.

Que cela le fera décharger de la honte.

- Justifier, absoudre.

Part. pas.

Seria justificat e descargat del dit acte.

Chronique des Albigeois, col. 6.

Serait justifié et déchargé dudit acte.

Quant els agron lur bestias descargadas.

Hist. abr. de la Bible, fol. 18.

Quand ils eurent déchargé leurs bêtes.

Que auran aplicat ni descargat a Aiguas-Mortas.

Tit. de 1314. Hist. de Nîmes, t. II, pr., p. 16.

Qui auront touché et déchargé à Aigues-Mortes.

CAT. Descarregar. ESP. Descargar. IT. Scaricare.

(chap. Descarregá: descarrego, descarregues, descarregue, descarreguem o descarregam, descarreguéu o descarregáu, descarreguen.)

12. Dezencargar, v., décharger, soulager.

Prestava deners per dezencargar.

Tit. de 1338. DOAT, t. XXXIX, fol. 143.

Prêtait deniers pour soulager.

PORT. Desencargar.

13. Sobrecargar, v., surcharger, accabler.

E m fa voler tal re que m sobrecarga.

G. Riquier: No m sui d'amor.

Et me fait vouloir telle chose qui m'accable. 

Substantiv. Si com l'arbres que, per sobrecargar,

Fraing si meteis e pert son fruit e se.

Aimeri de Peguilain: Si com.

Ainsi comme l'arbre qui, pour surcharger, se casse lui-même et perd son fruit et lui.

ESP. Sobrecarguar (sobrecargar). PORT. Sobrecarregar. IT.

Sopraccaricare. (chap. s. m. carregá massa, sobrecarregá: sobrecarrego, sobrecarregues, sobrecarregue, sobrecarreguem o sobrecarregam, sobrecarregéu o sobrecarregáu, sobrecarreguen.)

14. Carregar, v., charrier, transporter.

Gran peyra ampla, la qual fes meravilhosament aplanar e carregar.

(chap. Gran pedra ampla, la cual va fé maravillosamen aplaná y carrechá. Vore los carrechadós de una bestia de cárrega.)

Lett. de Preste Jean à Frédéric, fol. 41.

Grande pierre large, laquelle il fit merveilleusement aplanir et charrier.

ANC. CAT. Carrejar. ANC. ESP. Carrear (MOD. Acarrear). PORT. Acarretar. IT. Carreggiare. (chap. carrechá: carrecho, carreches, carreche, carrechem o carrecham, carrechéu o carrecháu, carrechen.)

15. Car, Char, s. m., lat. carrus, char.

E sap com va 'l cars al moli.

(chap. Y sap com va lo carro al molí.)

Rambaud de Vaqueiras: Ben sai.

Et sait comment le char va au moulin.

Coma roda de char.

(chap. Com roda de carro. A La Llitera crec que encara diuen “coma”. Javier Giralt Latorre, catalanista de debò, no vol ni vore de aón venen les paraules que ell arreplegue de la seua terreta.)

Trad. de Bède, fol. 43.

Come roue de char.

Lo cal emportet vieu us cars de fuocx ardentz.

P. de Corbiac: El nom de.

Lequel un char de feux ardents emporta vivant.

ANC. FR. A pié, à queval, à car, à carrette.

Tit. de 1362. Carpentier, t. I, col. 837.

16. Carre, s. m., char.

A un bover encontrat

que mena un carre cargat. 

Roman de Jaufre, fol. 48.

Il a rencontré un bouvier qui conduit un char chargé.

En un carre de fuoc arden.

(chap. En un carro de foc ardén)

Brev. d'amor, fol. 49.

En un char de feu ardent.

ANC. FR. Phyon cist rois un carre avoit.

Poëme de la guerre de Troyes. Du Cange, t. IV, col. 516.

CAT. ESP. PORT. IT. (chap.) Carro.

17. Carros, s. m., char, carrosse.

La ciutatz se vueia

E movon lor carros.

(chap. La siudat se buide y mouen lo seu carro, la seua carrossa.)

Rambaud de Vaqueiras: Truan mala.

La ville se vide et ils meuvent leur char.

ANC. FR. Si i fu pris le carros de Melan.

Trad. de G. de Tyr. Martenne, t. V, col. 718.

18. Carriol, s. m., chariot.

Diatz me co

Lai anaretz si doncx en carriols.

T. de R. Gaucelm et de J. Miralhas: Johan.

Dites-moi alors comment vous irez là ainsi en chariot.

19. Carriola, s. m., carriole.

De carriera, carriola. Leys d'amors, fol. 49.

De carrière, carriole.

ESP. Carriola. IT. Carriuola.

20. Cariato, s. m., chariot.

No us fai tirar a tal cariato.

T. de R. Gaucelm et de J. Miralhas: Johan.

Ne vous fait tirer à tel chariot.

ANC. FR. Car je trovai un charreton

Qu'en portoit une charretée.

Roman du Renart, t. I, p. 154.

Chars, charrettes et autres en guise de charretons.

Monstrelet, t. II, fol. 82.

CAT. (chap.) Carretó. ESP. Carretón. PORT. Carreto. IT. Carretone, carreto.

21. Carreich, s. m., chariot.

E si cum meno 'l carreich

Li bov, quan trao 'l legnam.

Garin d'Apchier: Aissi com hom.

Et comme les boeufs mènent le chariot, quand ils traînent le bois.

22. Carreta, s. f., charrette, char.

E cargan las carretas trastuit celadamien.

(chap. Y tots carreguen les carretes seladamen, secretamen.)

Guillaume de Tudela.

Et tous chargent les charrettes en secret.

E ill fetz tirar, quan l'ac pres,

Sa carret' e son arnes.

(chap. Y lo va fé estirá, cuan lo va pendre, sa: la seua carreta y son: lo seu arnés. Una carreta mes menuda es una carretilla.)

G. Faidit: Al semblan.

Et quand il l'eut pris, lui fit traîner sa charrette et son harnois.

ANC. FR. Passer et repasser... à carrette.

Tit. de 1362. Carpentier, t. 1, col. 837.

CAT. ESP. PORT. Carreta. IT. Carretto.

23. Carruga, s. f., lat. carruca, charrette, charrue.

Las carrugas cargadas e del vi e del pan.

Guillaume de Tudela.

Les charrettes chargées et du vin et du pain.

Quan son duy en la carruga.

B. de Venzenac: Hueymais.

Quand ils sont deux à la charrue.

PORT. Charrua. IT. Carruca.

24. Charada, Carretada, s. f., charretée.

Y ac d'astas frachas una charada.

(chap. Ñabíe una carretada de llanses chafades. Frachas : fracturades)

Roman de Gerard de Rossillon, fol. 75.

Y eut une charretée de lances brisées.

De nos Frances a mort pus d'una carretada.

Roman de Fierabras, v. 4205.

Il a tué plus d'une charretée de nos Français.

ESP. PORT. (chap.) Carretada. IT. Carretata.

25. Charrei, s. m., charroi, équipage.

Ab aital charrey

Venra del torney.

P. Cardinal: Per folhs tenc.

Avec tel équipage il viendra de la bataille.

ANC. FR. Là quistrent somers e carrei

Mener i firent lur conrei.

G. Gaimar, Poëme d'Haveloc, v. 500.

Od granz tonels, od grant charrei

Fet li deniers porter od sei.

Roman de Rou, v. 15964.

26. Charretier, Carratier, s. m., charretier, conducteur.

En charretier que gurpis sa charreta.

Bertrand de Born: Pus Ventedorn.

En charretier qui abandonne sa charrette.

Fig. So dis Salomos, que razos e discretios son carratiers de totas las virtutz. (chap. Açó va di Salomón, que (la) raó y (la) discressió son carretés : conductós de totes les virtuts.) 

V. et Vert., fol. 62.

Ce dit Salomon, que raison et discrétion sont conducteurs de toutes les vertus.

ESP. Carretero. PORT. Carreteiro. IT. Carrettiere. (chap. Carreté)

27. Carpentier, s. m., lat. carpentarius, charpentier.

Quatre artz so necessarias... la seconda, carpentiers.

Liv. de Sydrac, fol. 8.

Quatre métiers sont nécessaires... le second, charpentiers.

ESP. Carpintero. PORT. Carpenteiro. IT. Carpentiero. (chap. fusté, de fusta, fustera; mote de Beseit, fusteret.)

28. Carpentaria, s. f., charpenterie.

Travels et autres istrumens de carpentaria.

Eluc. de las propr., fol. 12.

Tarière et autres instruments de charpenterie.

ESP. Carpintería. PORT. Carpintaria. (chap. fustería)

29. Carriera, s. f., du lat. carrus, rue, voie, carrière.

El es com l'orbs que pissa en la carriera.

(chap. Ell es com lo sego que pixe a la carrera, al carré. Sego, siego, Quico lo cèlio de Tortosa.)

Lanza: Emperador.

Et il est comme l'aveugle qui pisse dans la rue.

Lor comandet que anesson per la carriera del desert.

Hist. abr. de la Bible, fol. 28.

(chap. Los va maná que anaren o anigueren per la carrera del desert.)

Leur commanda qu'ils allassent par la voie du désert.

Las gens cridavo e ploravo per las carrieyras.

(chap. Les gens, la gen, cridabe – cridáe, quirdabe - y plorabe – ploráe, pllorabe, plloráe a La Llitera - per les carreres, los carrés.)

Roman de la prise de Jérusalem, fol. 14.

Les gens criaient et pleuraient par les rues.

Fig. Pos es ben en la carriera 

D'amor.

Folquet de Lunel: Per amor.

Puisqu'il est bien dans la carrière d'amour.

Penra calque cariera

Perqu'el diga de non.

(chap. Pendrá consevol carrera, vía, pera di que no; literal: pera que ell digue de no.) 

G. Riquier: Sel que sap.

Prendra quelque voie pour qu'il dise de non.

Loc. Tot lo jorn baten las carrieras.

(chap. Tot lo día, tota la jornada, batixen : trisquen les carreres, los carrés.)

Brev. d'amor, fol. 130.

Tout le jour battent les rues (le pavé).

E la piucela venc primeira,

E 'ls cavaliers fan li careira

Entro que denant lo rey fon.

(chap. Y la pubilla ve la primera

Y los caballés li fan carrera

Hasta que dabán del rey va está.)

Roman de Jaufre, fol. 34.

Et la demoiselle vint la première, 

et les chevaliers lui font voie 

jusqu'à ce qu'elle fût devant le roi.

ANC. FR. Le chevalier qui l' adestroit

Por le chemin qu'il vit estroit,

La mist devant; il fu derrière

Por l' estrece de la quarrière.

Fabl. et cont. anc., t. 1, p. 196.

Que lors véist par les charrières

Gent armez avant et arrières.

G. Guiart, t. II, p. 407.

CAT. (carrer) ESP. Carrera (calle). PORT. Carreira. IT. Carriera. 

(chap. carré, carrera; carreró si es estret, com la carrera aon va naixe lo zaboquet de José Miguel Gracia Zapater, a La Codoñera. Es compañ de Arturico Quintanilla y Fuentecica, extrangé de Barchinona, y Tomás Bosque Peñarroya, del lloc, lo poble.)


30. Carrau, Charau, s. m. et f., carrière, voie, chemin.

(chap. A Beseit está lo portal de carrau, al carré pla (aon venen “blat, a Villanova o Vilanova, porgueres, y al carré de la Muleta la flo de les bachilleres”. Un carrau es un instrumén de fusta, com la matraca, que se toque a Semana Santa.)

Mas ieu pero teing la dreta carau.

Aimeri de Peguilain: Lanquan chantan.

Mais pour cela je tiens la droite carrière.

Qu'el coms G. venia per uns charaus.

Roman de Gerard de Rossillon, fol. 90.

Que le comte Gerard venait par un chemin.

31. Carrairon, s. m., sentier.

E laissa 'l camin per on venc,

E vi un carrairon que tenc

Ves un bosc espes e foillut.

Roman de Jaufre, fol. 59.

Et laisse le chemin par où il vint, et il vit un sentier qu'il tint vers un bois épais et fourré.

32. Carairada, s. f., voie, direction.

O 'l cuia far carairada.

Marcabrus: Dirai vos.

Où il pense tracer voie.


Carienthismos, s. m., gr. *Xapievtis*, euphémisme.

Charientismos est tropus quo dura dictu gratius proferuntur.

Isidor., Orig., I, cap. 36.

Carienthismos... vol dire aytan coma graciosa costuma de parlar.

Leys d'amors, fol. 137.

Euphémisme... veut dire autant que gracieuse manière de parler.


Carica, s. f., lat. cariga, figue.

Carica es figa.

(chap. Carica es figa. pl. Figues, com les tres que Pedro Saputo li va enviá al rey.)

Eluc. de las propr., fol. 204.

Carica est figue.


Carina, s. f., lat. carina, carène.

Tota la nau si funda sobre la carina.

Eluc. de las propr., fol. 50.

Tout le vaisseau s'appuie sur la carène.

CAT. ESP. PORT. IT. Carena.


Carlepepi, s. m., carlopepin.

Per sanar la carn nafrada,

Es bona la lansolada

Qu'om apela carlepepi.

Brev. d'amor, fol. 50.

Pour guérir la chair blessée, la lansolade qu'on appelle carlopepin est bonne.

(N. E. Me hace gracia este nombre, por Carlo Magno y Pepin, Pipino, su padre.)


Carn, s. f., lat. carnem, chair.

Yeu sui homs e de carn et d'os.

(chap. Yo soc home y de carn y d'os.) 

V. de S. Honorat.

Je suis homme et de chair et d'os.

Mas Sayns-Esperitz

Que receup carn humana.

G. Figueiras: Sirventes.

Mais le Saint-Esprit qui reçut chair humaine.

Carns de porc e carns colombina.

(chap. Carn de gorrino, porc, y carn de colom.)

Deudes de Prades, Auz. cass.

Chair de porc et chair de pigeon. (chap. pigeon: pichó; ESP. pichón)

Quar era dissapte, Thomas no volc mangar carn. Philomena.

(chap. Com, ya que, ere dissapte, shabbatsabbat, Tomás no va volé o voldre minjá carn.)

Parce qu'il était samedi, Thomas ne voulut pas manger de chair.

Loc. Qu'anc hom de carn non ac ira maior.

Deudes de Prades: El temps d'estiu.

Que jamais homme de chair n'eut plus grande tristesse.

(chap. Ira : tristesa; que may abans hom de carn no va tindre majó tristesa.)

Tos temps serai ab lieys cum carn et ongla.

(chap. Tots tems siré en ella com carn y ungla. Se trobe tems y temps al romans, ocsitá, plana lengua romana, langue romane, provensal, etc.)

A. Daniel: Lo ferm voler.

Je serai toujours avec elle comme chair et ongle.

ANC. FR. Et plut sur els sicum puldre carns.

Anc. tr. du Psautier de Corbie, ps. 77.

De char fresce... Ville-Hardouin, p. 62.

Mangerai jo d'une charn des tors.

Anc. tr. du Psaut., Ms. n° I, ps. 49. (N. E. Psautier, Psaut., psaume: salterio, salmos; en francés antiguo, jo, que pasa a je. Io, io, yo)

Et sa char taster sus et jus.

Fabl. et cont. anc., t. II, p. 187.

(chap. Y sa carn tastá “daball y damún” : suso y yuso, San Millán de la Cogolla, dessus, dejus, desuso, etc.)

CAT. (chap.) Carn. ESP. PORT. IT. Carne.

2. Carneta, s. f., petite chair, chair tendre.

(chap. A Beseit díe “¡ah, qué carneta, qué carneta!” un home que no vull revelá aquí, pero la dita encara se repetix. Pista: carnissería.)

De la salvatga laxugeta

Aqui li banatz sa carneta.

(chap. De la lletuga o lletúa salvache – lactuca virosa - aquí li bañéu sa carneta.)

lletuga o lletúa salvache – lactuca virosa



Deudes de Prades, Auz. cass.

De la laitue sauvage là lui baignez sa chair tendre.

CAT. Carneta.

3. Carnada, s. f., excroissance de chair.

Per poyre o per carnada... Si la oppilacio es per carnada.

Trad. d'Albucasis, fol. 30 et 35.

Par poireau ou par excroissance... Si l'obstruction est par excroissance.

4. Carnadura, s. f., carnation.

Ab la vertut dels tros,

Don fa complexios

El mon e carnaduras.

Nat de Mons: Al bon rey.

Avec la vertu des astres, dont il fait au monde les complexions et les carnations.

CAT. PORT. Carnadura.

5. Carnalitat, s. f., chair.

Loqual es reputatz parens de Nostre Senhor segon la carnalitat.

Cat. dels apost. de Roma, fol. 52.

Lequel est réputé parent de Notre Seigneur selon la chair.

ANC. FR. Comment Diex prist carnalité

En la vierge sainte Marie.

V. de J.-C, Carpentier, t. I, col. 829.

ESP. Carnalidad. PORT. Carnalidade. IT. Carnalità.

6. Carnaza, s. f., chair morte.

E manjar la carnaza de las grantz mortaudatz. (N. E. Lo leo con u, pero se encuentra también mortaldatz; ESP. mortandades)

V. de S. Honorat.

Et manger la chair morte des grandes mortalités.

7. Carnils, s. m., charogne.

Put la mentritz (ESP. meretriz)

Com fai per bocharia

Carnils poiritz.

Marcabrus: Soudadier.

(chap. Put la puta, com fa per la boquería la carroña podrida.)

La prostituée put comme fait par boucherie charogne pourrie.

8. Caronha, s. f., grec *Xapovía*, corps, chair.

La bela cara es plus agradans a la persona entiera que la bela caronha.

(chap. literal: La bella cara es mes agradable a la persona sansera que la bella carroña.)

Liv. de Sydrac, fol. 109.

La belle face est plus convenable à la personne entière que le beau corps.

ANC. FR.

La lasse ame chetive ne scet hostel où querre;

Li ver ont la charongne et li parens la terre.

J. de Meung, Test., v. 339.

IT. Carogna. (ESP. chap. Carroña.)

9. Caronhada, Carunhada, s. f., chair, carcasse.

E mostro lur carunhadas.

Brev. d'amor, fol. 130.

Et elles montrent leurs chairs.

Far la volontat de la vil carronada del cors.

V. et Vert., fol. 31.

Faire la volonté de la vile carcasse du corps.

- Corps mort, charogne.

Voutor sent de tres legas caronhadas.

(chap. Lo buitre sen de tres legües la carroña. 

Romans: Voutor. CAT. Voltor. FR. Vautour. EN. Vulture. DE. Geier. ESP. 

chap. Buitre, com los buitres del Mas de Buñol, Bunyol, a Valderrobres, en buitremán: José Ramón Moragrega Deusdad. )

Natura d'alcus auzels. (d'alcuns)

Le vautour sent de trois lieues les charognes.

Host siego per que de caronhadas d'homes et de cavals si posca saziar... Odoran, percebo las caronhadas que so otra mar.

(chap. literal: La host seguixen per a que de carroña de homens y de caballs se puguen sassiá... Aulorán, flairán, persibixen les carroñades que están passat lo mar, d'atramar.)

Eluc. de las propr., fol. 149 et 16.

Ils suivent l'armée afin qu'ils puissent se rassasier de corps morts d'hommes et de chevaux... En flairant, ils sentent les corps morts qui sont outre mer.

10. Carnatge, s. m., carnage, destruction.

Cridan e forsenan com leons a carnage. V. de S. Honorat.

Ils crient et rugissent comme lion au carnage.

Clergues jeton cavaiers a carnatge.

P. Cardinal: El mon non.

Clercs jettent chevaliers à destruction.

ANC. ESP. Carnage (MOD. Carnaje). PORT. Carnagem. IT. Carnaggio.

11. Carnatgue, s. m., charnage.

On appelait decimae carnariae les dîmes des moutons, des agneaux, etc.

Dict. de Trévoux, v° Charnage.

Lo deime de la lana e del carnatgue.

(chap. Lo delme: déssim: déssima part de la llana y del carnache.)

Tit. de 1206. DOAT, t. CV, fol. 168.

La dîme du lainage et du charnage.

12. Carnalatge, s. m., carnage, charnage.

Mas Grecs et Latis

Geratz a carnalatge.

G. Figueiras: Sirventes vuelh.

Mais vous portez à carnage les Grecs et les Latins.

E 'ls deismes de las paicheras e dels molis e dels carnaladges.

Tit. du XIIIe sièc. Arch. du Roy., J., 310.

Et les dîmes des estacades et des moulins et des charnages.

13. Carnier, s. m., charnier, cimetière.

En l'armier

S'en vai l'arma e la carn el carnier.

B. Carbonel de Marseille: Per espassar.

L'âme s'en va au repos des âmes et la chair au charnier.

- Carnassière.

E non a ren el carner,

On sol aver maint quartier.

T. de Bonnefoy et de Blacas: Seigner Blacas.

Il n'a rien à la carnassière, où il a coutume d'avoir maint quartier.

ESP. Carnero. PORT. Carneiro. IT. Carnajo.

14. Carnairol, s. m., carnassière.

E tallet li testa e mes la en un carnairol... e trais li lo cor del cors e mes lo en carnayrol com la testa.

V. de Guillaume de Cabestaing.

Et lui coupa la tête et la mit en une carnassière... et lui arracha le coeur du corps et le mit en carnassière comme la tête.

IT. Carnajuolo.

15. Carnositat, s. f., carnosité.

Los auzels qui han plus de pennositat et mens de carnositat... 

Las arterias no so rescostas per tropa carnositat.

(chap. Los muixons que tenen mes plomes y menos carn... (ejemple, lo rat penat, la rata penada, murciélago; pena : ploma : pluma)

Les arteries no son amagades per massa carnosidat.)

Eluc. de las propr., fol. 139 et 21.

Les oiseaux qui ont plus de plumage que de carnosité... Les artères ne sont pas cachées par trop grande carnosité.

ESP. Carnosidad. PORT. Carnosidade. IT. Carnosità.

16. Carniceria, s. f., boucherie.

Lo buou que hom enten menar a la carniceria engraissa hom.

(N. E. Ojito, Juaquinico Monclús, presidente de la Ascuma.)

V. et Vert., fol. 76, 2e version.

On engraisse le boeuf qu'on entend mener à la boucherie.

CAT. ESP. (carnicería) PORT. Carniceria. (chap. carnissería)

17. Carnacier, s. m., bourreau.

Li carnacier l'an presa,

Son gent cors an liat.

(chap. Los verdugos - carnissés - la han presa,

son gentil cos han lligat.)

V. de S. Honorat.

Les bourreaux l'ont prise, ont lié son gentil corps.

En qual mostier li carnassier lo guardavo.

Cat. dels apost. de Roma, fol. 109.

Dans lequel monastère les bourreaux le gardoient.

18. Carnal, adj., lat. carnalis, charnel, de chair, qui appartient à la

chair, gras.

E d'autres miracles moutz,

Don hom carnals no sap fi.

Pierre d'Auvergne: Dieus vera.

Et beaucoup d'autres miracles dont homme charnel ne sait fin.

Livra huous et formatge

A jorn carnal. (ESP. lardero, como el jueves; lard, graisse : grasa)

Bertrand de Born: Belh m'es quan.

Livre oeufs et fromage à jour gras.

Li fay amar et estimar sos deliegz carnals...

Veray religios non a ren propre en terra, ni parens carnals.

V. et Vert., fol. 71 et 99.

Lui fait aimer et estimer ses plaisirs charnels...

Le vrai religieux n'a en terre rien de propre, ni parents charnels.

Substantiv. - Viande.

Pus glotz etz de pelha

Non es lop d'ovelha

Ni d'autre carnal.

B. de Rovenac: Una sirventesca.

Vous êtes plus glouton de vêtement que le loup n'est d'ouaille ni d'autre viande. (ouaille : brebis)

- Carnaval.

Loc. prov.

Venian per los miracles en l'isla de Lerins;

Qui non pot de carnal, si lava de caresma.

V. de S. Honorat.

Ils venaient pour les miracles en l'île de Lerins;

qui ne peut de carnaval, se lave de carême.

(ESP. Ellos venían por los milagros a la isla de Lerins; 

quien no puede de Carnaval, se lava de Cuaresma. 

Leer: El combate de Don Carnal y Doña Cuaresma.)

CAT. ESP. PORT. Carnal. IT. Carnale. (chap. Carnaval, carnestoltes, ESP. carnestolendas. Carnis + tolere: Carn + toldre, tolre : traure, prohibí, etc. Vore lo monumén del romans del añ 960: “no 'l li tolra ni no 'l li devedara ni no l' en decebra”.

19. Carnalment, Charnalment, adj., charnellement.

Non deu plus carnalment jazer ab ela. Liv. de Sydrac, fol. 28.

Ne doit plus coucher charnellement avec elle.

Naisser charnalment e viure esperitalment.

Trad. de Bède, fol. 81.

Naître charnellement et vivre spirituellement.

ANC. FR. Que de li ferai mon plaisir...

Con vous et ausi carnelment.

Roman du comte de Poitiers, v. 76.

CAT. Carnalment. ESP. PORT. IT. Carnalmente.

20. Carnos, adj., charneux.

Quan la fistula es en loc carnos.

Trad. d'Albucasis, fol. 9.

Quand la fistule est en lieu charneux.

No trop grassas mas tempradament carnozas... 

Las alas a nervozas et pauc carnozas.

Eluc. de las propr., fol. 41 et 140.

Non trop grasses mais moyennement charneuses...

Il a les ailes nerveuses et peu charneuses.

ESP. PORT. IT. Carnoso. (chap. carnós, carnosa, carnoset, carnoseta; com Juaquinet MonclúsOriol Junqueras, los dos catalanistes, gorts y goluts, pareixen un hipopótamo mort y unflaten hienes a la seua vora.)

21. Carnut, adj., charnu.

Cigne auzel es mot carnut...

La vola de la ma es carnuda.

(chap. La palma de la ma es carnuda, carnosa.)

Eluc. de las propr., fol. 145 et 48.

Le cygne est oiseau très charnu... 

La paume de la main est charnue.

IT. Carnuto. (chap. carnut, carnuda, carnós, carnosa, que té prou carn.)

22. Caronhier, Carunhier, adj., carnassier.

E sapchatz qu'aucel carunhier

Non bevon aigua voluntier.

(chap. Y sapiáu, sapigáu que los muixons carroñés no beuen aigua per voluntat.)

Brev. d'amor, fol. 52.

Et sachez qu'oiseaux carnassiers ne boivent l'eau volontiers.

Fig. Que sos talans es fols e caronhier.

Roman de Gerard de Rossillon, fol. 21.

Que son désir est fou et carnassier.

23. Encarnamen, s. m., incarnation.

Aisso que dih ai dessus

De l' encarnamen de Jhesus.

Brev. d'amor, fol. 82.

Ce que j'ai dit ci-dessus de l'incarnation de Jésus.

ESP. Encarnamiento. (N. E. Se usa más Encarnación, que sigue:)

24. Encarnatio, s. f., lat. incarnatio (N. E. in + carnis), incarnation.

Nunciet l' encarnatio. Brev. d'amor, fol. 20.

(chap. Va anunsiá la Encarnassió.)

Annonça l'incarnation.

La festa de la Encarnation.

V. et Vert., fol. 4.

La fête de l'incarnation.

L'an de la Encarnation de Nostre Senhor.

Tit. de 1281. DOAT, t. CXVIII, fol. 175.

L'an de l'incarnation de Notre Seigneur.

CAT. Encarnació. ESP. Encarnación (nombre Encarna). PORT. Encarnação.  IT. Incarnazione. (chap. Encarnassió)

25. Encarnatiu, adj., incarnatif, qui engendre la chair.

De medicament encarnatiu...

Pausa sobre aquela polvera encarnativa.

Trad. d'Albucasis, fol. 27 et 43.

De médicament incarnatif.

Pose sur celle-là poudre incarnative.

Subst. Cura aquela am alcu encarnatiu dels enguents.

Trad. d'Albucasis, fol. 62.

Soigne celle-là avec quelque incarnatif des onguents.

26. Encarnar, v., faire chair, devenir chair, incarner.

Un dels emplaustres que encarnan aquela entro que sia sanada... 

Am aquo que encarna.

Trad. d'Albucasis, fol. 60.

Un de ces emplâtres qui fassent chair à celle-là jusqu'à ce qu'elle soit guérie... Avec ce qui fait chair.

Il s'est dit spécialement de l'incarnation de Jésus-Christ:

Que Dieus se pogues encarnar. Brev. d'amor, fol. 147.

Que Dieu se pût incarner.

Si volc encarnar e nayser de la Verge.

V. de sainte Magdelaine.

Se voulut incarner et naître de la Vierge.

Part. pas. Fo pels meus peccatz

En voz encarnatz.

Un troubadour anonyme: Flors de paradis.

Fut incarné en vous pour mes péchés.

CAT. ESP. PORT. Encarnar. IT. Incarnare.

27. Escarnar, v., ôter la chair, décharner.

Ni 'ls cols dels motons ni de las fedas ni dels anhels non escarnarai.

Cartulaire de Montpellier, fol. 129.

(chap. literal: Ni los colls dels borregos ni de les ovelles ni dels cordés no escarnaré, descarnaré.)

Et je ne décharnerai les cous des moutons ni des brebis ni des agneaux.

ANC. ESP. PORT. Escarnar. IT Scarnare. (chap. escarná, descarná)

28. Desencarnar, v., déshabituer de la chair.

Com ti deu hom dezencarnar auzel.

Deudes de Prades, Auz. cass.

Comme on te doit déshabituer de la chair un oiseau.

29. Descarnar, v., décharner.

Part. pas. E sia mot descarnat.

Trad. d'Albucasis, fol. 44.

Et soit beaucoup décharné.

CAT. ESP. PORT. Descarnar. (chap. descarná, desaveá de la carn o traure la carn: descarno, descarnes, descarne, descarnem o descarnam, descarnéu o descarnáu, descarnen. De lleit se fa lo verbo destetá.)


Carobla, s. f., ar. harroba, caroube, fruit du caroubier.

Voyez Mayans, t. II, p. 232.

Nég. expl. Non pretz una carobla

Terra qui d'avol gientz se pobla. (N. E. ¿Entenderán esto l@s catalan@s?)

T. de Folquet et de Porcier: Porcier cara.

Je ne prise une caroube terre qui se peuple de méchante gent.

ANC. CAT. Carrobla. ESP. Garroba (algarroba; árbol algarrobo).

IT. Carruba. (chap. Garrofa; abre: garrofé)


Carp, adj., peu dense, poreux, filandreux, spongieux.

Neu es impressio de vapor congelada, laqual es carpa, e leugiera cum lana carminada...

Melsa, en sa natura, es carpa et spongioza...

(chap. melsa : bazo; porosa, esponjosa.)

Aytals aybres han frug trop carp...

Razitz carpa es et poroza.

Eluc. de las propr., fol. 137, 56, 198 et 220.

La neige est une pressure de vapeur congelée, laquelle est poreuse et légère comme laine cardée.

La rate, en sa nature, est filandreuse et spongieuse...

De tels arbres ont un fruit trop peu dense...

La racine est peu dense et poreuse.


Carrat, Cayrat, s. m., carat, sorte de poids pour l'or et l'argent. (N. E. Se usa más actualmente para los diamantes.)

La ordenanza de far marcs a XX carrats.

Tarif des monnaies en provençal.

L'ordonnance de faire des marcs à vingt carats.

Se battra d'aur fin al mens a XXIII cayratz e miech.

(chap. Se batrá d'or fi al menos a vintitrés quilats y mich.) 

Tit. de 1424. Hist. de Lang., t. IV, pr., col. 424.

Se battra d'or fin au moins à vingt-trois carats et demi.

CAT. Quilat. ESP. PORT. Quilate. IT. Carato.


Carruncula, s. f., lat. caruncula, caroncule.

La virtut odorativa... Istrument so aquelas carrunculas, pendens dins las nars, que recebo l'esperit animal per algus nervis descendens del cervel...

Non sentem l'ayre corromput, quar las ditas carrunculas son restrechas o

opiladas per movement voluntari. Eluc. de las propr., fol. 16.

La vertu odorative... Les instruments sont ces caroncules, pendantes dans les narines, qui reçoivent l'esprit animal par quelques nerfs descendant du cerveau...

Nous ne sentons pas l'air corrompu, parce que lesdites caroncules sont resserrées ou opilées par mouvement volontaire.

(ESP. Carúncula, pl. Carúnculas. No confundir con caraculo o caraculos.)


Carta, s. f., lat. charta, papier, lettre, épître.

E no lo 'l man en carta ni en brieu,

Enanz lo 'l dic ab son e a presen.

Durand de Carpentras: Un sirventes.

Et je ne le lui mande en papier ni en lettre, mais le lui dis avec la voix et en présence.

Letras l'escrivo en ayssi...

La carta porto set Judieu.

Trad. de l'Évangile de Nicodème.

Ainsi lui écrivent lettres... sept Juifs portent l'épître.

- Titre, charte.

Que tu trobas en tas cartas antigas.

Tit. de 1174. Hist. de Lang., t. II, pr., col. 134.

Que tu trouves en tes chartes antiques.

Cum en las cartas dotals es contengut.

(chap. Com a les cartes dotals es contingut. Cartes de dotassió, donassió.)

Tit. de 1294. DOAT, t. XLI, fol. 191.

Comme il est contenu dans les titres dotaux.

E tramet vos la carta on pendet son sagell.

V. de S. Honorat.

Et vous transmet la charte où il suspendit son sceau.

Nostra carta es l'Evangeli. V. et Vert., fol. 78.

(chap. (La) nostra carta es l'Evangeli.) 

Notre charte est l'Évangile.

Domesticas cartas... no podon far fe per se al jutge.

Trad. du Code de Justinien, fol. 28.

Les titres privés... ne peuvent faire foi par eux-mêmes devant le juge.

(N. E. Este código de Justiniano, bien original o bien esta traducción al romance occitano, provenzal, lo debería leer cualquier historiador que se quiera preciar en la historia de Aragón, etc. Sobre todo en el caso del “casamiento en casa” de la reina Petronila, Petrvs, Peronella de Aragón con el conde de Barcelona Ramón Berenguer IV.)

- Cartes à jouer.

Juec de cartas a l' eisuch.

Statuts de Provence, Julien, t. 1, p. 556;

Jeu de cartes de hasard. (ESP. Juego de cartas de azar: “alea jacta est”)

Loc. Qu'en sa carta m pot escriure.

Le Comte de Poitiers: Farai chansoneta.

Qu'elle me peut inscrire en ses papiers.

Ni sera en ma carta.

Arnaud de Marueil: Rasos es. 

Ni ne sera dans mes papiers.

Fassa m de sa carta raire. (N. E. Próspero de Bofarull lo tomó a la letra.)

G. Adhemar: Be m'agr'ops.

Qu'elle me fasse rayer de ses papiers.

Per qu'en s'amor er tos temps mos pensars,

E per aisso fassa m metr' en sa carta.

R. Jordan, vic. de S.-Antonin: Vert son.

Parce que mon penser sera toujours en son amour, et pour cela qu'elle me fasse mettre en ses papiers.

CAT. ESP. PORT. IT. Carta. (chap. Carta, pl. Cartes.)

2. Cartage, s. m., examinateurs des titres.

Tuh li savi de Roma ni lhi cartage

Non jujario dreh.

Roman de Gerard de Rossillon, fol. 41.

Tous les sages de Rome ni les examinateurs des titres ne jugeraient droit.

3. Cartabel, s. m., feuille volante, brouillard.

Quan que om a fa mal e be

En libres et en cartabels.

Brev. d'amor, fol. 173.

Tout ce qu'on a fait mal et bien en livres et feuilles volantes.

Non note en cartabels, mais el libre de sas notas.

Statuts de Montpellier du XIIIe siècle.

(N. E. Estos libros del siglo 13 de Monpeslier y variantes los tendría que abrir el aragonés catalanista Javier Latorre Giralt, doctor y profesor de la Universidad de Zaragoza, para poder compararlos con los que selecciona de Fuentespalda, en el Matarraña. No lo hará; el perro no muerde la mano que le da de comer. Espero que no se ponga como Juaquinico Monclús, “el craso”, presidente de la Ascuma, en Calaceite.)

Qu'il ne note pas dans des brouillards, mais au livre de ses notes.

ESP. Cartapel. PORT. Cartapacio. IT. Cartabello. (chap. cartapassio, se diu de un llibre mol gros.)

4. Cartolar, Cartolari, s. m., chartrier, notaire, écrivain.

La deita carta feyta per lo deyt Simon cartolar.

(chap. La dita carta feta per lo dit Simón cartulari, notari.)

Tit. de 1305. DOAT, t. CLXXVIII, fol. 138.

Ladite charte faite par ledit Simon chartrier.

Joan de la Trena, cartolari de Bordeu.

(N. E. Yo conozco a Oriol de la trena, ya salió, y el que no entrará será el  meapinos y cagapañales de podio del monte, Puigdemont. Ya se encargará el presidente del gobierno actual, Pedro Sánchez Pérez Castejón, que rima con felón, y otras palabras que lo describen bien.)

Tit. de 1291. DOAT, t. XI, fol. 209.

Jean de la Trene, notaire de Bordeaux.

Si 'l nauchier ni 'l cartolari non eran aparissans.

Tit. de 1253. DOAT, t. L, fol. 152.

Si le nocher et l'écrivain n'étaient présents.

5. Encartamen, s. m., charte, titre.

Encartamens et previlegis.

Tit. du XVe sièc. DOAT, t. CXLVII, fol. 287.

Titres et priviléges.

La obligansa e la maneyra del encartament.

Tit. de 1406. DOAT, t. LIV, fol. 268.

L'obligation et la manière du titre.

Am d'autres encartamens de la vila.

Tit. de Bergerac de 1381.

Avec d'autres titres de la ville.

ANC. FR. Procès, lettres, enchartremens.

Arrêt de 1366. Carpentier, t. II, col. 839.

Documents, comptes et enchartrements.

Ord. des R. de Fr., 1404, t. IX, p. 20.

ESP. Encartamiento.

6. Encartar, v., inscrire, enregistrer, rédiger en titre.

A encartar et a recebre los emoluments.

Tit. de 1355. DOAT, t. LIII, fol. 219.

A enregistrer et à recevoir les émoluments.

Part. pas. Tot en aici com es encartat en la vostra carta.

Tit. de 1206. DOAT, t. CXIV, fol. 277.

Tout ainsi comme est inscrit en votre charte.

Segon que los auria encartatz.

Tit. de 1254. DOAT, t. CXV, fol. 93.

Selon qu'il les aurait enregistrés.

Per revocar aquo que fo encartat.

Cartulaire de Montpellier, fol. 206.

Pour révoquer ce qui fut rédigé en titre.

ANC. CAT. ESP. Encartar. IT. Incartare. (chap. encartá: encarto, encartes, encarte, encartem o encartam, encartéu o encartáu, encarten.)


Cartilage, s. f., lat. cartilago, cartilage.

La cartilage del nas no es restaurada.

Trad. d'Albucasis, fol. 50.

Le cartilage du nez n'est pas réparé.

Aquestas cartilages entre si unidas et cadenadas.

Eluc. de las propr., fol. 46.

Ces cartilages entre eux unis et enchaînés.

ESP. (chap.) Cartílago. PORT. Cartilagem. IT. Cartilagine.

2. Cartillaginos, adj., lat. cartilaginosus, cartilagineux.

Las nars so cartillaginosas...

Dels quals l'extrem es cartillaginos.

Eluc. de las propr., fol. 16 et 50.

Les narines sont cartilagineuses...

Desquels l'extrémité est cartilagineuse.

La partida de jos es cartillaginosa.

(chap. La part de baix es cartilaginosa.)

Trad. d'Albucasis, fol. 60.

La partie du bas est cartilagineuse.

CAT. Cartilaginos. ESP. PORT. IT. Cartilaginoso. (chap. nas cartilaginós, orella cartilaginosa, nassos cartilaginosos, orelles cartilaginoses.)